Jantel-esperluette
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LYRE LIBRE (Prose poétique)

 


Qui escompte en ses maux les éjouissances d'une chair convoitée s'apprête à partager les peines d’un quotidien sordide; la couche ; la cuisine ; le salon ; la salle de bain ; j’ai fui l'enfantement à grandes enjambées.
Nombre et ombre s'harmonisent ; c’est la mesure. La lumière décroît, éclipsée par la masse ; face à l’immense soleil, l’éphémère banquise devra pourtant un jour céder sa place.
Mère, crois-tu encore donner la Vie ? Toi ?
Tu ne fais qu’en transmettre une forme. Et nullement des meilleures hélas. Dis : Demeures-tu toujours aussi fière de l’existence que tu jugeas bon de nous faire un jour mener ?
Ton amour fait s’allumer et, pour le même prix, s’éteindre ! Ô les cendres froides ! Les braises attiédies d'un vain corps.
- « L'heureux événement ! Mes félicitations ! » après que, peu glorieux, quelque acte bas nous pousse à devenir parents ; nulle dérogation ne vous sera offerte : Je ne rendrai plus jamais grâce à la femme !
Très généreusement, le Destin eut, pour don,
D'apporter à la Terre un enfant, subtil certes !
Ce fils unique étant fort désintéressé - Rare cas ! - par l'appât des faux gains ;
Dieu : Vous gratifiâtes le monde d'un présent qu'il ne mérite pas.

Or je mets en garde, amère assertion.
Oh ! Tout ce que verra un sinistre avenir ! Le doute ne m’est plus permis, je lâche mille soupirs…J'ai osé admettre l'idée d'un précipice sans fond vers lequel fonce droit l'actuelle société : Plus affreux que le plus affreux de tous les cauchemars, d'un déclin l’ébauche lâchement achevé.
Un départ tout d’abord : Le Cachemire. Cela sonne plutôt bien.
Il ou elle ne sera pas là, tout à côté de moi. Il ou elle n’assistera pas aux feux - scènes sordides - que sur l'Asie lancera, sanglante, Melpomène armant le canon fou de l'atome asservi... Je n'aurai pas laissé une descendance.
Assistez au spectacle, maudites parturientes : Voyez les grands vainqueurs - atroces décadences - plantant leur bannière dans le crâne humain !
Mais je m'écarte ici du panégyrique.
En vérité, le mur se dresse à l'horizon, et fatalement, qu'importe : La joie s'en vient, à sa façon, sécher d'horribles pleurs qui ne doivent pas couler.

Voilà venir le temps d'amener cet hommage qui témoigne, franc, toute ma reconnaissance.

Ô le legs ultime parmi l'homme en naufrage : Le Rêve ! Un cap demeuré innocence.

Je fus aguerri par d'éprouvantes marches. Parfois plus coutumier du doux âtre des cheminées, je lisais George Orwell et Aldous Huxley.
Je n’atteindrai pas l'âge des patriarches. A quoi bon voir à sa fenêtre l'humanité périr et s'entredéchirer ?

Avant de disparaître mâles et femelles émettront ce regret : « Ils ne nous ont pas menti, cela s'est bien passé ».

Je ne forçai jamais l'autre à croire prophétie ce qu’il prit pour des divagations. Bientôt la promesse. Le noir horizon qui augure les vols ardents d’atroces ICBM.
Aurai-je quitté depuis ce globe moribond ?
J’ai ri de Jean. Car Dieu n’est pas amour.

 


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Désormais, jadis et demain ? Hélas ! Toujours le même « moyen » âge…
Ménage au vil pompon - manège dérisoire - que n'arrêtes-tu ton sombre limonaire ? Que fais-tu tourner encore et toujours, par de piteuses foires, la roue de ce que tu estimes être « l’amour », mouvant tous déboires ?
Nos olifants sont tus. Réveillons-les ! Olindons la chair, la cuirasse ; quitte à revivre et subir les rédintégrations du passé, portons le heaume haut.
Le chevalier Roland se réjouissait de la guerre ; jurons allégeance : Ô souveraines Vertus, voilà l'armée des sens dressée à l'horizon ! Menons « Croisades » saines. La Constance sera mon unique appui. Comme la magie secrète que détenait Merlin, elle sera élever au dessus de nos nuits ce soleil d'or dont s’honore le Bien aux justes rayons !
Elle saura, tel un coup de baguette, faire briller en mes mains la dague étincelante du crucifié ! Le saint Tombeau ne doit pas être violé.
Les nobles joies n’ont pas de fin.
Aux oubliettes la convoitise, la vile brette.
Or je te vois et t’admire, la haute Dame : L’éternelle Beauté ! La Cunégonde céleste, là, au cœur de mon âme ! Tu rayonnes, ô Bonté profonde ! Ô sévère Arduité : Invite-toi à ma Table et dictes-nous tes ordres ! Nous avons la chasteté pour « Graal ». Que meurt ce monde.
Tiens donc : On frappe à la porte de ce jourd’hui. Mais je rêve, c'est l'érotisme. Fi de la fée infâme ! Vas-t’en Morgane ! Fuis : J’ai au front l’innocence de Jeanne. Ne me persécute plus ! Jamais ne se fanera la Fleur de pureté que j’ai cueillie au jardin d’Infini.
Quelque part dans notre Inconscient, la Foi mire son reflet sur le lac des Candeurs. Au miroir de l’Eau, elle ne vit jamais se réfléchir le visage de Lancelot, la honte symbolisée.
Oh ! Être, sans défaut, ce féal dont l’élan ne porta jamais jusqu’aux pieds d’une épouse promise la fatale « promesse » ! Haïr la volupté.
Nue sur son balcon, Guenièvre attendra des siècles ; je suis parti reconquérir l’Onde diaphane de Vérité.
Ménage au vil blason - Manège des Mémoires - que ne stoppes-tu enfin le Cycle sempiternel ? Entraînée par le moteur immobile du Temps, cette roue sans pitié d'où meurent et renaissent à jamais dépits et espoirs ?
Ô « mal Antiquité » masqué de nouveaux fards…
 


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 *


Je chante MON INTERNATIONALE !
- Troupeau : Tu te contentes de donner ta laine et ton lait ; Tu lèches le fouet qui te tyrannise ; courbant l’échine, jusqu’à ce qu’on te la brise, tu acceptes, sans résistance, l'effroi de ta « Vallée de Larmes ». Ah ! Souffrir le joug – de père en fils, de mère en fille - d'être mal né sur cette Terre !
Saint Augustin n’est plus, pourtant la Fatalité demeure : Après le forçat de Proserpine vient pâtir l'ouvrier des usines ; après le monarque « consacré », le P-DG se fait son sacre ; Les bâtisseurs de cathédrales élèvent désormais des stades de football.

Combien esclaves nous sommes ! Hommes et femmes, qui que nous soyons : Camérières ou bureaucrates ; l'un sert un monde qui l'exploite, et l'autre l'exploite qui le sert ! A droite, à gauche, en haut, en bas : Unique misère, partout semblable désarroi ! Le système social subit la Loi suprême ; ce principe voulant que n’est point Qualité la quantité : Un meneur, pour mille menés…
L'Absolu s’impose au quotidien, relais du Divin Décret.
Pourtant, exploiter son savoir-faire, n'est-ce point savoir ne pas se faire exploiter ? Dès lors paraît l'alternative, île éloignée de nos rives. Te sais-tu le serf d’autrui, conscient du « trou » au fond duquel tu te vautres ?
Or qu’est ce qui t’empêche - si tu l’oses - de ne point te complaire à la chose.

Qui vous décèle, ô Vacuité ? Vous, l’Universelle Harmonie ! N’acceptons point l’indécence des promotions, des paraguentes ! Car à quoi bon gravir les échelons qui nous mènent du rang qui nous « asservit » à celui qui nous « anoblit » ?

On la fuyait, telle une gouge ! A son passage, la foule murmurait : - « Sorcière Rouge »…
C’était Simone Weil ! A la fabrique ou à la mine, maniant le marteau-piqueur comme la barre à mine, l'Empyrée lui offrait les outils d'une céleste « Dormition ». Et Dieu quel éveil !

Être, en les masses laborieuses, ce pion qu'à tout va l’on déplace sur l'échiquier de l'Inutile ; être, là, parmi les « fous » qui - viles « pièces » - ont détrôné Foi et Amour (Vertus surannées depuis des siècles il faut croire) d'un coup « d’échec-et-mat » sans grande gloire ; être nés dans ce monde qui vit jadis – pour rien - les têtes couronnées, sous l'ordre des « décollations » qu'émit Danton ou Robespierre, tomber par grappes « vert oseille » au fond de paniers « rouge groseille » ; être nés dans cette société pour la servir en simple « domestique » ; en vulgaire « jouet », nous, modernes « laquais »; soit !

Mais qu'on sache au moins aimer.

Le troupeau doit-il toujours se contenter d’offrir son lait et sa laine ? – « Allons ! Enfants de la patrie...» Plus jamais cela, non merci !
Moi, j’ai les pieds et les poings liés, et, à vos côtés, je bêle et je beugle !
Voilà MON INTERNATIONAL : Une humble lutte, et point final !


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