Jantel-esperluette
Herméneutikon des VET.
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La rubrique "EXPÉ" fait partager des réflexions issues de longues randonnées solitaires.
Expédition sur la sainte-Baume (Lundi 6 février 2011)

La neige était au rendez-vous sur le massif de la Sainte Baume.

Raquettes aux pieds, j'en ai profité pour faire le plein de sensations fortes durant une bonne semaine.
 
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Ma tente au petit matin (Les rafales de vent et le froid ont complètement figé mes chaussures dans deux blocs de glace !)
 
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Le pic de Bertagne (D'aucuns rapprochent ce toponyme de Beltane, fête celtique consacrée à Bélénos)

 
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Le Val du Plan d'Aups (La Brasque)
 
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La Cristallisation est un État d'eau que l'on retrouve jusqu'aux plus hauts sommets des États de Suspens (sous une forme beaucoup plus subtile que la neige certes). 

A son apogée, elle fait notamment partie, par "plages" ordonnées, du polymorphisme précellulaire "corpusculant" les Entéléchies appelées à vivre l'Etat de Bioluminescence
(Karzenstein, jeudi 8 août 1996).
 
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La falaise des Béguines
 
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Refuge secret
 
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Ce refuge est une ancienne cabane de berger réaménagé en refuge privé (Du moins réservé aux connaisseurs).
 
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Monastère de la grotte de Marie Magdeleine (Pour ceux que "l'édaphisme" intrigue, il n'est pas inutile de rappeler qu'il se situe sur une faille sismique).
 
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Lorsque il arrivait à Jean-Claude Pantel de venir se promener dans cette forêt millénaire (qui vit naître entre autres le mythe de la fée Mélusine), ce n'était pas rare pour lui d'être salué plusieurs fois, et à des endroits différents, par des individus à l'apparence extravagante voire totalement loufoque.
 
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L’hôtellerie de la Sainte-Baume. (J'y ai passé une nuit en raison du peu de visibilité due à la neige et aux vents m'ayant fait me tromper de chemin).
 
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A bientôt pour de nouvelles aventures !
PLUME MAURE

Plume Maure est un petit recueil de notes rédigées durant plusieurs mois passés à randonner dans le Massif des Maures.



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PLUME MAURE (Mai 2012, Mai 2013)

 

 

  Carnet de randonnée poétique,

Massif des Maures,

Mai/Juin 2012, Mai/Juin 2013

  

 

Dans le cakilier et la salicorne

Je contemple la mer qui défile et encorne,

Pression d'écume où la bête bave et mugit,

Sur l’arène d'or notre orgueil meurtri.

 

Plage de La Croix Valmer.

*****

LES TÉNÈBRES ONT TOUJOURS RAISON


Les mats au large
Voguent en marge
Des vains regrets.
Les vagues ronflent,
Les voiles gonflent,
Voilà l'été.
Le long des plages,
Des nymphes nagent
Leur brasse intime;
Pour autant rode,
Par dessus l'iode,
L'odeur du crime.

Plage de Tahiti.

 

*****

Une vague monte

Et puis redescend,

Seul le Cycle compte

Dans l'Espace-temps.

L'enfant naît qui meurt

Pour renaître encore,

La Nuit a pour sœur

La nouvelle Aurore.

 

Village des Mayons,

bar Lou Sauto Brugas


*****

J’AIME LA MER


J’aime la mer
Qui douce-amère
Déferle et claque
Sac et ressac
Contre nos berges
Qu’un rien submerge

J’aime la mer
La folle et fière
Voguant au gré
De ses marées
En direction
Des Horizons

J’aime la mer
Qui danse à faire
Danser la gigue
Aux blanches digues
J’aime la mer
Ma bayadère

J’aime la mer
Onde hauturière
Où mats et voiles
Sous les étoiles
Meuvent les rêves
Que font les grèves

J’aime la mer
Aux flots de fer
Le long des plages
Où ire et rage
La pire houle
Roule et déroule

J’aime la mer
Marâtre ou mère
Gouffre d’albâtre
Qu’enlace l’âtre
Des Cieux d’hivers
Gorgés d’éclairs   

J’aime la mer
Moussante bière
Qu’ambrent de gris
Les nues aigries
Grondant au large
Des golfes larges

J’aime la mer
Où au loin errent
Ces moutons blancs
Que les vents francs
Brossent à coups
De souffles fous

J’aime la mer
Sans lumière
Qu’en la nuit noire
Là-haut le phare
Timide éclaire
D’un rayon vert

J’aime la mer
Mouvant désert
Aux pâles dunes
Que sous la lune
Berce l’orage
Anthropophage 

J’aime la mère
Célibataire
Qui de Novembre
A fait sa chambre
Et s’endort nue
Loin de Phébus

J’aime la mer
Ce cimetière
Inespéré
Où flottent les
Heureux cadavres
Des divins havres

J’aime la mer
Nimbée d’Éther
Reine des songes
Dont le sel ronge
La rade où rouille
L'ancre qu'on mouille

J’aime la mer
Vague qu’espère
Le marin vieux
Au front furieux
Amoureux sage
Des grands naufrages

J’aime la mer
Où les galères
Damnant nos vices
Un jour finissent
Épaves lisses
De ses Abysses

J’aime la mer
Ma sœur moi frère
De l’ouragan
Lequel pourtant
Sans nulle haine
Noiera ma peine

J’aime la mer
Qu’envie l’œil clair
Du goéland
Sans fin criant
Devers l’Abîme
Des joies sublimes

J’aime la mer
Précieuse pierre
Sertissant mille
Îlots et îles
Sur l’écrin vrai
De la Beauté

J’aime la mer
Que mes bras serrent
Contre mon cœur
Quelque pudeur
Réclame au moins
Un baisemain

Bormes-les-Mimosas

*****

 

Un peu d'eau perle au bout de quelque tige frêle

Par le vert pré qu'un rai du matin rend vermeille.

La goutte de rosée brille en une étincelle;

Or voilà ce qui fait et défait les Soleils :

La bise s'en venant épouser l'Autre Aurore
Emporte sous son aile un chant qui s'évapore.

 

Menhir de Lambert


*****

Un peu comme la femme et l'homme confectionnent

Le pâle enfant à naître,

Là où l'Eau flue et où la Lumière rayonne

L’Être vient à paraître.

 

Cap Taillat, St Tropez

 

*****

 

LES MOUETTES

 

Le poète

Fait sa cour

A ces Dames les mouettes

 

Ses mots osent

L'Autre Amour

Qui n'est qu'apothéose

 

Plus bas bouge

La mer bleue

Brisée des rochers rouges

 

Le nez muse

Vers les cieux

Où les nues siéent aux Muses

 

Ne se conte

Point fleurette

Seul un désir qui monte

 

Et la vague

A sa crête

Brille en milliers de bagues

 

Qu'en l’Aurore

Mains rayons

De leur long pinceau dorent

 

Le ressac

Fume et fond

En d'écumeuses claques

 

Que violents

Sans raison

Donnent aux flots les vents

 

Sous le règne

D’Apollon

L’onde émue souffre et saigne

 

Mais l’amant

Sème au ciel

Mille baisers ardents

 

Blancs oiseaux

Dont les ailes

Se meuvent tout là-haut

 

Quand son âme

Si surfaite

En l'Infini se pâme

 

Vous rendez

A l’esthète

En pleurs sa Liberté

 

Vous me plûtes

Tant en vol

Qu’esquissant vos volutes

 

Je crus que

Plumes folles

Vous signiez au ciel Dieu

 

Cap Camarat, Saint-Tropez

*****

SOIRÉE D’ÉTÉ



Les étoiles brillent ce soir

Comme elles n'ont jamais brillé

Elles font des clins d’œil bizarres

Elles scintillent dit l'athée

 

Mais le poète leur sourit

La corde pend sous un plafond

La porte claque dans la nuit

L'aube rougit à l'horizon

 

Les Marines de Cogolin


*****

 

LE BAISER

 

La place de granit rend un lugubre écho,

On accourt de partout sur le sombre pavé.

Au centre, à la va-vite, un gibet fut dressé;

La foule, dans l’attente, heureuse, ne dit mot.

 

Le funeste échafaud est bientôt démonté,

Le silence, pesant dans la cité maudite,

D’une marche tranquille a repris ses quartiers

Comme un soldat zélé fidèle à sa guérite.

 

La clameur et le bruit font dans l’immense Espace

L’effet d’une traînée de comète qui passe;

Cri de haine et d’amour maudiront dans leur fuite

De l’éternelle Nuit l’incontournable orbite !

 

Un poète parfois, à la main une rose,

Naît dans ce monde infect et le remet en cause.

Sa paix offre aux questions des guerres sa réponse,

Mais la société l’empale sur sa ronce.

 

On sut exécuter l’exécrable victime.

La Vérité occise, un condamné restait.

Il finit par payer l’étendue de son crime.

On bâillonna l’intrus, à présent tout se tait.

 

L’Orgueil au ventre gras, crachant devers les nues,

Une jarre à ses pieds, essuie sa large lippe.

L’Univers, sans broncher, ratifia le principe.

L’Idéal a baisé sa corde de pendu.

 

Plan de la Tour


*****

POÈME A FRÈRE CARLO

(Moine franciscain à Notre Dame des Anges)

 

Douloureuse obsession ! Notre seul but ? Aimer !

Et combien cette tâche est rude à accomplir !

Notre chair, à genoux, fut toujours la martyre

De l’âpre condition nommée humanité.

Or, vois-tu, près des mers, par les monts, les forêts,

Quand mon corps, évanoui, s’abreuvant de lumière,

Avec délectation savoure l’Univers,

Mon Esprit se repaît des mille Immensités

Que déploie le Vivant entre peau, pierre et branche

Dans la neige et le vent, brouillard, pluie et rayons,

Quel que soit le fouet qu’inflige la saison ;

Car c’est là que Nature, où le Divin s’épanche,

Sur nos tremblantes joues nous fait comme des bises,

Et que de joie l’on fond sous les lèvres d’Assise.

 

Monastère de Notre dame des Anges, Pignans


*****

CRÉPUSCULE

DANS LES VIGNES DE COLOBRIERES

 

Loin des quais

Loin des gares

S'endort

Le vagabond

Qui s'égaie

Qui s'égare

Dans l'or

Des Horizons

*****

 

L’ACCEPTATION

OU STANCES POUR UNE BOGUE

(Poème épique en quatre chants)

 

CHANT PREMIER

 

Au bord de l’Eau,
Le fil des mots
Tisse ses voiles ! 
Sous une plume,
Blanchit l’écume
Qui fit l’étoile !


Un divin songe

Dans le lit plonge

Et jette un sort

Aux prétentions

D’une raison

Qui pense à tort…

Blondes échardes,
Apollon darde
De tièdes rais.
Mais quelques nues
Font qu’aussi flue
Un crachin frais.

Le long de berges,
Veuves et vierges
Marchent, hagardes;
Drame servile,
Maints landaus filent
Vers la Camarde.

Il est dimanche,
Par mille branches,
La subéraie
Se réverbère
Sur la rivière,
Grave reflet.

Par les allées

De chênes, des

Châtaigniers donnent

Au maquillage

De leur feuillage

Des reflets jaunes.

 

 

Dans le vent, dansent
Les houppiers denses
Des arbres qui
Font se courber
La canopée
Du noir maquis.

 

Dès lors tu vogues,

Chétive bogue,

Sur l’âpre flux !

Oh ! vagabonde

Au gré de l’onde,

Nef éperdue !

 

Se reproduire

Est à proscrire,

Sombre tourment !

Ce vain « projet »

Finit noyé

Dans le torrent…

 

Pour tous « cortex »

Le bon reflexe,

Faisant le Vide,

Est de bannir

Le devenir,

Ce fruit livide !

 

Fi des écueils :

Tout n’est que deuil

Larmes et fiel…

Fuis, ô comète,

Notre planète

Superficielle !

 

Foin des ennuis,

File où la Nuit

Brille plus fort,

Direction

« Constellation

Canis Minor »…

 

 

 

 

 

CHANT DEUXIÈME

 

 

Qui vit le jour

Devra toujours

Aimer mourir ;

Les grands Destins

Nient en demain

Tout avenir ;

 

L’Exception

N’arbore au fond

Qu’exemple à suivre,

Lequel féconde

Cette faconde

Faisant les livres…

 

Comme amerrit,

Sans avarie,

Ta rude étrave,

La traversée

Ne rencontrait

Aucune entrave…

 

Lège enveloppe,

Ton geste écope
Le superflu !
Loin de l’envie,
La Foi obvie
Au « gain » perdu !

 

La femme enfante,

Les actes mentent,

Que de boulets !

Tout n’est que leurre

Quand sonne l’heure

De rejeter !

 

Pensant par trop

Notre cerveau,

Bassement sombre

Dans la logique

Coulant à pic

Parmi le nombre !

 

Ce que projette

L’idée en tête

N’est qu’illusion ;

La Grâce avorte

L’espoir que porte 
Tout « embryon » !

 

De réplétion

En déplétion,

Piètre rafiot !

Mine de rien,

En ton Destin

Être prévaut !

 

Lorsque l’Instant,

Tranquillement,

Mène sa barque,

L’amour en guerre

Au sein des mères

Meut ses navarques !

 

Que tes épines,

Longues et fines,

D’un mal préviennent :

Le nid intime

Couve en ses crimes

Mille géhennes !

 

Là, en ton cœur

Gît le Moteur

D’Or d’Aristote !

Pour qui le craint

Mieux n’est pas bien

Car qui s’y frotte…

 

La Vacuité

Sans cesse émet

Rayons et Ondes ;

Sur d’amples houles,

Roule en sa boule

L’Astre des Mondes !

 

 

 

CHANT TROISIÈME

 

 

L’écorce rêve,
L’homme a sa sève,
L’Univers Est.
Coque éphémère,

Laisse-toi faire :
Le Courant sait !

 

Les flots rayonnent
Et tourbillonnent,
Mouillant les berges,
Sans pour autant
Que l’ondoiement
Ne te submerge.

 

Crains-tu la pierre
Que lance, amer,
Le garnement ?
Frêle équilibre,

Flotte donc, libre,
Sur l’Élément !

 

Tu vas vers où
Plus grand que nous
Guide nos pas.
Navire grêle,

La pluie du Ciel,

Trace ta voie.


En soi le but
N’est point la lutte
Du peu ou prou.
Esquif sans nom,

L’ACCEPTATION
Signe ta proue.

 

« Mon fardeau est

Léger ! » chantait

Orphée de Sion.

Non, de mon encre,

Ne coule l’ancre

Des défections.

 

 

 

 

Des choses nées,

L’Eternité

Est l’armateur ;

Que son pouvoir

Vienne à pourvoir

A ton malheur !

 

Qu’une voilure

S’invite sur

Tes mâts piquants

Pour qu’en exergue

Mettent tes vergues

Quelque gréement !

 

D’ordre implié,

La Liberté

Souffle en ta bôme ;

A ton sillage

Survit l’image

De David Bohm !

 

Pardonne si,

De ce roulis

Que tu étrennes,

L’orgueil n’est point,

Sois-en certain,

Le capitaine !

 

Que ta boussole

Qui là s’affole

Oublie son nord !

Loin de nos rives,

Toute dérive

Va à bon port !

L’appel du large

Dicte la marge

De tes manœuvres…

Dans le poudrin,

Cinglent au loin

Tes Mortes Œuvres !

 

 

 

 

 

 

CHANT QUATRIÈME

 

 

Vaisseau fantôme,

La vague est comme

Un tremplin pour

Quiconque admet

L’Adversité

Dans son parcours !

 

Vagues déferlent,

Embruns emperlent

Ta carène ! Où

S’échoueront tant

D’épreuves sens

Dessus dessous ?

 

Bateau de mes
Rêveries vraies,
Un arc-en-ciel,
A ton passage,
T’offre un message
Exceptionnel :

« A l’Unisson,

Les couleurs sont

De la Pensée

Que Dieu arrime

En la sublime

Immensité !

 

Arche de Gloire

Guidé du phare

De cette Loi

Intemporelle

Devers laquelle

L’Esprit louvoie !

 

Toutes les âmes

Vont sur les lames

Appareiller

Pour le Voyage

Qu’entreprend l’âge

De s’étoiler !



 

 

Fleurs de la drève,
Galets des grèves,
Algue ou poisson,
Enfants de Diane,
Tous, du Diaphane,
Croient au Rayon
 ! »

 

Ô ma frégate,

En toute hâte

Je te baptise

De mon estime

Qui, millésime,

Sur toi se brise !

 

De ta cupule

Naîtra la Bulle

En Suspension

 Dont « l’étendard »

Hissera l’art

Des Complétions.

 

Tel un bolide,
Sur ces rapides
Descends et vois :
D’un Océan
D’Amour le Temps
T’accueillera. 

La Transparence

De sa Vacance,
Sans aucun doute,
Peindra alors
Ton soleil d’or
Sous d’Autres Voûtes.

 

Ô fol objet,

Ton épopée

Me crie : « Adieu ! »

Point je ne prie

Mais pleure, et puis

Ferme les yeux.



Au bord du Réal Collobrier

 

*****

 

 

 

Pour ton bonheur

Je vais compter jusqu'à quatre

Et là mon cœur

Tu vas t'arrêter de battre

 

Oppidum de Gonfaron

 

*****

 

Un sort m’est jeté

J’ai le mauvais œil

Mon âme est en deuil

D’un rêve enterré

 

La Garde-Freinet

 

*****

 

Être soi, être sauf, être sain, être seul,

Vivre dans son drap blanc l’effroi du noir linceul.

 

Forteresse de Grimaud

 

*****

 

Être malheureux est encore un luxe

A Castor heureux son triste Pollux

 

Port Grimaud

 

*****

 

LE GRAND BLEU

 

 

Le Grand Bleu, quel est-il ? Est-ce celui du ciel

Sur lequel l’oiseau blanc plane en quête d’Aurores

Où afflue dans les trombes

D’une Eau vraie la Lumière ?

 

Celui que le mendiant, à la vide escarcelle,

Recueille dans son cœur par mille rayons d’or

Quand lui ouvre la tombe

L’Azur des sanctuaires ?

 

 

 

 

 

Est-ce celui que Klein peignit, désespéré

De rejoindre ce Vide où il plongea un jour

D’un saut de l’ange exquis

Qui lui brisa un membre ?

 

Ou bien celui qu'épie le dauphin en plongée,

Complice de l’Abysse où flamboie l’Autre Amour

En le corail inouï,

Dans la nacre et puis l’ambre ?

 

 

Et si c'était celui dont luisent les facettes

Du saphir convoité par l’essaim des gens sots

Loin des gouffres amers

Qu'aimait Jacques Mayol ?

 

Ce n’est juste, là-bas, que la vision parfaite

D’un Éden entrevu par le sable et les flots

Faisant face à la mer,

En plage de Rayol.

 

Restaurant Le Grand Bleu,

Plage de Rayol, Rayol-Canadel-sur-Mer


*****

 

 

Il fait nuit sur le port chargé d’animations

La lune est au trois-quarts croquée au firmament

Se recueille un esprit sous les astres d’argent

S’active une mémoire en proie à l’affliction

 

Partout cette misère insupportable à voir

La poussette côtoie les pots d’échappements

La soie rit du haillon qui hait le satin blanc

La crasse et l’or nous crie le même désespoir

 

Je te plains ô l’enfant qui à naître est venu

Pour mépriser les tiens la façon peu importe

La route en deux scindée ouvre ou ferme la porte

Des marbres du palais jusqu’au pavé des rues

 

Festoyant sur son yacht ou dormant sous un pont

En bas du caniveau hélas en haut des marches

La mendicité gît la superfluité marche

Épousent deux néants la même condition

 

 

Le sombre anonymat ou les feux de la rampe

Oscille le fléau qui vraiment s’en balance

Qu'implique le Destin la dette et la créance

En faveur de qui trône aux dépens de qui rampe

 

Aucune échappatoire à la Fatalité

Même effroi réservé au juste-milieu qui

Par mille et un projets se vautre dans le lit

Passablement admis de la médiocrité

 

Et plus-haut le poète assis sur son rocher

A la tempe une main se confie au Grand Duc

La sagesse un beau jour posera sur sa nuque

Sa serre en direction du Vide constellé

 

En surplomb de Cavalaire-sur-Mer

 

*****

 

 

 

 

 

 

Les mamans

Exposent

Leurs enfants

Tout roses

Au regard

D’un monde

Qui s’égare

Dans l’onde

Dont Narcisse

Aimait

Le trop lisse

Reflet.

 

Elles traînent,

Très fières,

Aux pieds chaînes

Et fers;

Trouble-fête,

S’en vient,

Du poète,

La main

Balayer

L’image

D’un si laid

Mirage.

 

 

 

 

D’un revers

De plume

Que l’éclair

Consume,

Fol orage !

Tempêtent

Ses nuages

Qui fouettent

Nos chimères

Où l’heur

Réverbère

Maints leurres.

 

Et des songes

Les glaces,

Purs mensonges,

Se cassent

Sous sa lyre

Qui roule,

Pires ires,

Des houles

Dont les spires

Là coulent

Le navire

Des foules

 

Croyant vrai

Le faux

Enfanté

Par trop !

Sombre ! Ô noir

Soleil

Des miroirs

Que raye

Parfois l’ongle

De Dieu

En sa jongle

De feux !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rien n’est plus

étale,

Car la Mue,

Fatale,

Broie sur ses

Rochers

Berceaux et

Bébés !

Que la nuit

Qui tombe

Noie d’oubli

Vos tombes.

 

Au bord du lac des Escarcets

 

*****

Non je ne prie pas

Mais chandelle en main

J'ai ce soir pour toi

Une pensée. Point.

 

Chartreuse de la Verne.

 

*****

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AQUARELLE

 

 

Jamais le vieux mazet,

Sis au bord de la mer,

N’offrira à mes plaies

La fraîcheur de sa pierre

Qu’ombrage la tonnelle,

A l’écart de la ruche,

Où ma fièvre et mon fiel

Ne boiront de sa cruche.

Son puits est si distord

Que jamais nulle étoile

N'y planta son clou d'or

Ferrant tout Idéal.

Vous les flots qui, là-bas,

Chaloupez dans vos anses,

Bercez par mille éclats

Le rêve qui vous pense !

Vos vagues ! Vos écumes !

La plage en bas qui danse !

Ah ! La crique qu'enfume

Une vapeur si dense

Qu’en la brume qui vole,

Direction les cieux,

On croirait voir d’Éole

Le portrait radieux

Que me peindrait la Chose,

Merveille des merveilles,

En traits bleus, verts et roses

Au pinceau du Soleil !

Je vous vois, ô visage

Immense de l’Esprit !

Lumière des rivages

Que caressent la nuit

Les lunes assoiffées

De crimes et d’épreuves !

Ô vous, rade agitée

Que les planètes meuvent,

L’échec m’est enchaîné

Comme à vous le moment ;

Mon âme meurt noyée

Loin de vos moutons blancs.

 

Pointe de la Bonne-Terrasse

 

*****

 

 

Tout est faux, tout est feint, tout est fard, tout est fiel,

La folie d'ici-bas n'est point sagesse au Ciel.

 

Barrage de la Verne

 

*****

JE ME RETRANCHERAI



Parce que la petite enfance de partout

Souffre ce monde vil qu’au désordre l’on voue,

Parce que la victime a besoin d’un bourreau

Pour le guider vers Dieu en lui brisant les os,

Et parce qu’ici-bas des fortunes s’amassent

Sur le dos d’exploités qui enfantent par masses

 

Je me retrancherai.

 

Parce que la prison, le stade de football,

L’église, le bistrot, l’asile et l’hôpital,

La crèche, le lycée, hospice et cimetière

Croulent sous le poids des damnés de la Terre,

Et parce qu’on sourit aux jeunes boucles d’or

Qui envient le vieillard qu’épie pourtant la mort

 

Je me retrancherai.

 

Parce que l’ouvrier qui mit sa femme enceinte

Oublie son dur labeur dans le verre d’absinthe,

Parce que le mari est trompé par l’épouse,

Et parce qu’un bébé parfois naît dans la bouse,

Parce qu’est mort Mozart pour que dans nos bas-fonds

L'ambulance pressée hurle un affreux pin-pon

 

Je me retrancherai.

 

Parce que d’ici-peu résonnera l’alarme

D’une guerre mondiale où armes contre larmes

L’atome et le virus mettront le monde en cendre,

Parce que vainement pensa Anaximandre,

Et parce que toujours sabres et goupillon

Feront osciller l’homme entre haine et pardon

 

Je me retrancherai.

 

Parce que la culture est bafouée à ce point

Qu’elle n’osera plus jamais dresser le poing,

Parce que le prophète est haï du tyran

Qui à coups de marteau lui déchausse les dents,

Parce que l’illettré est devenu l’étoile

Qu’on vénère à genoux pour sa chanson banale

 

Je me retrancherai.

 

Parce que multiplient nos sociétés avides

Les exclus par millions, candidats au suicide,

Parce que l’antalgique et l’antidépresseur

Ont fait du pharmacien un vrai porte-bonheur,

Parce que le viol et la prostitution

Meurtrissent des enfants qu’on laisse à l’abandon

 

Je me retrancherai.

 

Parce que le soldat et le prêtre et le prince

Gardent pignon sur rue de nos tristes provinces,

Parce que l’orphelin a le nez dans la colle,

Parce que le mendiant fut un cancre à l’école,

Parce que nos pensées vont vers l’entre-deux-cuisses,

Parce qu’on s’expatrie pour des comptes en Suisse

 

Je me retrancherai.

 

Parce que nos nations pillent chaque ressource

Qu’engendra la planète en y souillant ses sources,

Parce que l’océan déborde de déchets,

Parce que la rivière a son eau polluée

Dans laquelle les seaux plongent d’un geste las,

Parce que l’Ébola rime avec choléra

 

Je me retrancherai.

 

Parce que l’égoïsme a fait la raison d’être

D’une philosophie où le nombril est maître,

Parce que l’Enthousiasme, aux ardeurs démâtées,

Dérive sur nos pleurs, épave épouvantée,

Parce que la tempête, entre la lave et l’onde,

Achèvera d’aider notre globe qui gronde

 

Je me retrancherai.

 

 

Oui parce que l’espoir, aveuglé par la peur,

Imagine que Mars sera notre demeure,

Parce que l’on omet la lente évolution

Qui de ses minéraux divers nous fit le don,

Qu'on oublie qu'on dépend du support sur lequel

Projetaient l’être humain les décisions du Ciel

 

Je me retrancherai.

 

Et parce que surtout, au mépris des miens,

J’échouai lâchement à aimer mon prochain,

Que n’empêcha ma main, en délaissant mes frères,

Que ne les broie du Temps l’énorme roue de fer,

Parce que le sang coule et que, tel un poignard,

Ma plume ouvrit aussi des plaies au nom de l'art

 

Je me retrancherai.

 

Village de la Môle

 

*****

 

LA MORT DU GEAI

 

Des sautillements, puis quelques battements d’ailes :

Il a eu un mal fou à monter sur sa branche.

Hagard, il me regarde avec d’âpres prunelles;

Bientôt il sera pâle autant qu’une orobanche.

Plus haut siffle un oiseau qui chante les louanges

Du voyage que l’âme accomplit vers les anges.

Là-haut solfie l’oiseau qui clame l’hymne étrange

De l’âme voyageant en direction des anges.

 

Dolmen de la Briande

 


*****

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CE MONDE

 

C’est un manque d’Amour à chaque bouffée d’air

Respirée sans soucis des maux dont souffre l’Autre ;

C’est un laisser-aller qu’on croit un laisser-faire ;

Loin de l’Agissement, un non-acte où se vautre

La complaisance accrue à l’égard de soi-même ;

L’influence mimétique offrant ses ricochets,

Ce n’est qu’un désarroi que de partout l’on sème ;

Ce n’est que du néant bêtement récolté ;

Et quand surgit l'espoir, la peur prenant le large,

Ce n'est qu'un acte agi au nom de l'intention;

C’est alors le penser, dont le profit est large,

Qui cache le motif réel de son action;

Ce n’est que du confort, culte du canapé ;

Ce n’est que le mépris des Lois du devoir-être

Qui de l’effort entrave une nécessité ;

Ce n’est qu’un champ vulgaire où le troupeau doit paître

D’un sombre quotidien le ras-des-pâquerettes

En bêlant ce qu’il croit originalité ;

Tête-basse, une vie où l’instinct de la bête

A gagné du terrain sur la fraternité ;

Ce n’est que de la sueur transpirée pour le mal ;

C’est l’horizon divin à jamais oublié ;

Des barbelés parquant une énergie fatale ;

 

Une ruine bientôt dominant un charnier.

 

Sainte-Maxime


*****

NOCTURNE

 

D'en-haut la lune allume

L’étang qui soudain fume

De son vaste chaudron où, ainsi qu’une opale,

Se reflète ce feu

Dont transsudent les Cieux

Comme bouillonne une eau nous venant des étoiles.

 

Étendue des Campaux


*****

 

 

 

VOY A DORMIR

OU CHANT D'ALPHONSINE

 

 

Voy a dormir

Là-bas les flots

Que de soupirs

Leopoldo

 

Vague tu passes

Chant d'Alphonsine

Larmes d'Horace

Perlent divines

 

Nage Sirène

L'eau boit ton corps

Lumière est tienne

D’Abysse et d'Or

 

L’âtre fait l’Être

Qu’enclot l’écume

Rai du paraître

Ta marée fume

 

Ô lune absorbe

Sueur amère

Depuis ton orbe

L’âme des Mers

 

Croît le pinastre

Sombre la rose

Soleil et astres

Meuvent les choses

 

Le corail songe

Rit la murène

Quand les éponges

Somnolent reines

 

Et vous les vertes

Algues rêvez

Toujours plus certes

De liberté

 

 

 

Frêle astérie

Qui s'escamote

Sait sa lexie

Mieux qu’Aristote

 

Silence sage

Nus sur l'arène

Les coquillages

Taisent leur peine

 

Toi l'arc-en-ciel

Tends ton écharpe

Sourd de tout fiel

L'Ange à la Harpe

 

Dans les ténèbres

Luit un phosphore

Qu'en raies funèbres

Deux yeux fulgorent

 

Le drame ailé

En l'Onde campe

La majesté

Des hippocampes

 

Déploie tes pinces

Crabe étoilé

La barque grince

Mille baisers


Un phare éclaire
A l’horizon
L’Amour que gère
Les Advections

Le sel corrode
Ma chevelure
Dansant dans l’iode
Comme une ophiure



 

 

 

 

 

 

Fige l’arène
Quelques empreintes
Un filet traîne
L’ultime étreinte

 

Le sein meurtri

Noie ses Tourments

Sable maudit

Ton grain crie blanc

 

Plage du Lavandou

 

 

*****

ÉTÉ 1224

 

 

En haut du Mont Averne,

Au pied de sa caverne
Réfléchissait François.
Il disait à la brise
Qu'il voulait voir Assise
Une dernière fois.
Pieds et mains pansés,
Sans cesse il ne pensait
Qu'à sa ville natale;
Bientôt le monde fou
Allait - au fond d'un trou -
Enterrer une étoile.

 

Hameau de Saint-Guillaume

 

*****

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PANGÉE ET TÉTHYS

 

 

Il était jadis
Pangée et Téthys :
L'unique océan
D'un seul continent...
Lumière, Eau, Feu, Glace,
Dont l’Abime abonde,
Sécrétant "l'Espace",
Ont créé le monde !

Mais lorsque "l'amour"
Rompit "l'être" pour
Qu'un faux sentiment
Fragmente "l'Instant",
Le vil couple à bord
Lâchait les amarres
De pays épars
En quête d'un port;

Inventaient ainsi
Nos coupables mœurs,
En quête d’un cœur,
Les mythologies
Qui, au nom d'un dieu,
Justifiaient le pacte
Amoureux dont l'acte
Nous rendait honteux !

Quand, par maints séismes,
Le "Mutationnisme",
En plissant l'écorce,
Modifia ces forces
Qui font qu'un relief
Gratifie "griefs"
Du suprême Don
De ses surrections !

 

 

 

 

 

 

Hélas ! "mal" et "bien"
Ouvrirent la porte
Aux veules cohortes
Des jugements vains
Qui, scellant de "fiel"
Notre "Mémoriel",
Fit croire à des vies
Sauvées ou bannies…

" - Pas de "salvation"!
Point de "damnation"! "
Récrient cependant
En chœur, les volcans,
A ces ombres d'hommes
Fuyant toute lave
Que leur bouche bave
En jets ignivomes.

Oh ! De par le "geste",
Qui dire saura,
Où se manifeste
Tant rare, la Foi,
Ce qu'il adviendrait
Si une âme offrait
Son corps à ces "gouffres"
Bouillonnant de soufre ?

Ceux-ci le connurent
Qu'on tint pour "Atlantes",
Ces Races qui furent
Là "déliquescentes"
Dans ces puits de feu
Qu’enserre en ses creux,
De Nife en Sima,
La ronde Gaïa !

 

Qu'il vienne, l'Amour,
Ruiner l'être pour,
Qu'en assentiment,
S'intègre à l'Instant
L’humain qui, à tort,
Quitta le bollard
Du "Pays" sans parts (1)
Qu'on nomme la Mort !


Jadis il était
Téthys et Pangée:
Continent unique
D'un flot féerique...
Feu, Lumière, Eau, Glace,
Qui déjà débondent,
Décrétant "disgrâce",
Dé-créeront ce monde !

Île de Port-Cros


_______________________________________


(1) Part : Nouveau-né.

 

 

*****
Vign_Poeme_de_la_Mer
Réveillon du 31 Décembre 2011

C'est sur le Baou Rouge situé dans la Sainte-Baume que j'aime souvent à me ressourcer.

Pour ceux et celles qui lisent les Textes et travaillent un petit peu sur la notion d'édaphisme si chère aux VET, savoir que cet éperon rocheux fut occupé pendant une partie de l'âge de fer par des tribus celto-ligures, qui l'occupèrent en y édifiant un oppidum, pourrait expliquer une forme de magnétisme qui me pousse à venir y dormir parfois.

Ce soir de réveillon n'échappa pas à la règle, et, même si les bourrasques de la Tramontane m'ont empêché toute la nuit de dormir, l'énergie que j'y puise m'aide à garder confiance dans la publication future du VOYAGEUR DE L'ORAGE qui, je l'espère, préoccupe certaines personnes engagées dans un degré d'implication non négligeable de la comédie musicale.


Esperluette.





Baou Rouge
Vign_Baou-Rouge
L’ÉVOCATION À BENOÎT-JOSEPH LABRE

« Aimer ceux qui se sont perdus et les aimer dans leur perdition même ».

(Saint-Benoît Joseph, carnets du Père Temple. Cité par André Dhôtel).



I

Comme un vaurien, comme un malpropre, comme un sombre
Va-nu-pieds que l’on chasse ailleurs et qui encombre
Les ruelles grouillant, dans le fracas des fiacres,
De l’humaine misère au puissant simulacre,
Benoît vagabondait d’une ville à une autre ;

Lui, qui désirait seul se faire l’humble apôtre
Du Christ ressuscité servant les misérables,
Lui, qui était de tous les pieux le plus affable,
Par l’Église elle-même était mis à la porte.
On le congédiait, suivi d’aucune escorte.
Pour avoir prononcé des vœux les plus sincères,
Les Ordres le boutaient hors de leurs monastères.

Rejeté des saints lieux telle une obscure mouche,
Il promenait partout sa silhouette louche
Et on le vit à Rome ainsi qu’à Compostelle
Ramper sur les genoux loin des divins autels.
Quoique ses vêtements crasseux étaient en pièces,
A plus pauvre que lui il offrait la pièce
Et priait fervemment sur le pavé des rues
d’aucuns, sous la pluie, le surprirent tout nu
A pleurer une fois sur le sinistre sort
D’une enfant en haillons qu’on condamnait à mort.
Auprès des soupiraux de prisons malfamés,
De douces litanies sans fin il récitait
Pour que les prisonniers aient aussi leur part d’ange
Puis, dès le soir tombé, s’endormait dans la fange
Des cloaques puants ruisselant près de lui ;
Les étoiles veillaient son ombre dans la nuit.
Il n’avait pas de quoi se payer un seul cierge
Mais sur son front planait la symbolique vierge
Qui protégeait, élu par l'ensemble des Grâces,
L’ermite au tendre cœur prisonnier de l’espace.
Pour aider son prochain, que n’aurait-il pas fait ?
Ses actes incarnaient la pure Charité.

II

Par l’Espace et le Temps l’Éternité féconde
La matrice inouïe des innombrables Mondes
Qui appellent au don et à l’humilité
Le chaste pénitent avide de piété.

Pour le pur repentant il n’est de monastère
Qu’en l’immense forêt éblouie de lumière ;
Pour le compatissant il n’est de religion
Qu’en l’Infini qu’on voit poindre à l’horizon
Quand le soleil décline, un par un, ses rayons,
Et que l’on compte en-haut les astres par millions !
Pour l’âme charitable, il n’est d’Être éternel
Que dans l’aséité de l’Ordre impersonnel ;
Pour l’âme énamourée du Vrai, du Beau, du juste,
Il n’est d’égalité qu’en l’Harmonie auguste
Qui regarde et la pierre et la plante et la bête
Comme une même chose informée dans la tête
De celui qui pensa, émanation de l’Un,
Les Univers entre eux sans n’en penser aucun.

Dans l’abîme insondable il n’y a de moi
Qu’en ce qu’identifie l’Universelle Loi.

III

Ô céleste clochard ! Ô pèlerin sublime !
Mendiant étincelant que mangeait la vermine !
Fauché qui n’avais rien et qui détenais tout !
Ô vertu décharnée dévorée par les poux !
Parangon de la Foi demeuré sans égal !
Toi dont les pieds, chaussés de vulgaires sandales,
Avalaient, trente fois, dix fois cent kilomètres !
Toi qui étais, en route, assoiffé du seul Être
Digne d’être chéri au-delà de soi-même !
Sage qui savais tant qu’il faut vraiment qu’on aime
Son prochain plus que soi au nom du triple Cœur !
Oui toi, l’apôtre d’or que plombait le malheur
Mais qui porta si haut, quoique à l’état de loque,
Du moine serviteur le formidable froc !
Toi plaignant le bourgeois qui, allant à confesse,
Te voyant à genoux sur le parvis des messes,
Riait de ta détresse en se pinçant le nez !
Oh ! Benoît-Joseph Labre, arche d’humilité,
Ton spectre lumineux me suit à chaque pas !

IV

Car vois-tu, en chemin, moi aussi, près de toi,
Oh ! Je ne sais plus où reposer de la tête !

Je vois dans mon cerveau sourdre mille Lorette
Et je songe à ce Dieu qui créa les montagnes.
En traversant partout les bas-fonds et les bagnes
Des hommes engendrant mille enfances qui beuglent,
Parmi l’humaine étable où pria Jean l’aveugle,
J’espère, à tes côtés, je ne sais plus quel prêche !
Sain Labre ! Aussi je rêve à la divine crèche
Où la force, escortée enfin par la tendresse,
Verra naître, au berceau de la pure Justesse,
L’humanité nouvelle empreinte de candeur !
Or c’est là, moi aussi, que quelquefois je pleure.

Dans le creux des fossés, sur les sentiers pierreux,
J’ai tant de fois senti l'Amour miraculeux
Soulager mes douleurs et panser mes blessures
Que j’en viens à aimer et la Croix et la bure
Qu’avec zèle embrassait frère Louis de Grenade
Lorsqu’il lisait sa bible au chevet des malades.

V

Dans l’enceinte ruinée du Colisée superbe,
Je te vois, sain Benoît, visité par le Verbe,
Évoquer l’espérance aux gueux qui comme toi
N’avait plus de maison, plus d’âtre, plus de toit.
Ils étaient des bannis, des parias, des damnés,
Mais toi, sans ne faillir, combien tu les aimais !
Ces miséreux, ces sans-logis, laissés-pour-compte,
Et qui faisaient pitié quand ils ne faisaient honte,
S’accrochaient à ta voix comme des naufragés
Dans la pire tempête au solide rocher
Dominant l’âpre flot de son assise sure.
Ta bouche étincelait ainsi qu’un diamant pur
Et eux buvaient en toi, charbons brûlant d’Amour,
Ces Eaux dont resplendit, là-haut, l’astre du jour !
Et lorsqu’ils en venaient, sinistres, à douter,
Tu leur parlais de Job sur son tas de fumier
Où, sous un rayon d’or qui donnait le vertige,
L’indigence acquiescée confinait au prodige…
Vagabond de Dieu, arpenteur d’Univers,
Je t’aime, chemineau serein du saint désert.

VI

Je n’ai rien d’un ascète et rien d’un bienfaiteur
Mais j’ai tout de l’impur et j’ai tout du pêcheur ;
Je ne chante jamais les traits de la Madone
Et ne me repends point lorsque les cloches sonnent
L’angélus du matin, du midi et du soir ;
Dans mon for intérieur il m’est rude de croire
Au folklore des gens en quête de kermesse
Lesquels oublient le sens d’aimer dans la liesse
De fades barbecues partagés en famille ;
Mon cher Labre, Benoît, je n’ai point de guenilles
En spectacle à offrir comme modèle ultime
De cette condition dans laquelle s’abîme
La Dilection céleste en proie au dénuement ;
C’est la plupart du temps qu’à mes amis je mens
Me montrant sous cet angle idéal qui m’arrange ;
Définitivement je ne suis pas un ange.

VII

Qui marche avec ardeur du Paraclet s’approche.
L’Esprit s’imprime mieux lorsque au contact des roches
Récupèrent nos pas l’édaphisme en ses forces
Qu’enferme la planète au gré de son écorce ;

Hirondelle des grands chemins ! Ton seul cloître
Était la Dimension numérotée du quatre !
Dans ton cerveau brillait bien plus qu’une chandelle.
Jamais l’âme éclairée dans l’ombre ne chancelle
Et jusqu’au dernier souffle où germent les « stigmates »
La tienne maintenait sa flamme toujours droite.

La colombe est aux pieds du Christ consolateur
A l’abri de tout aigle; et hélas ! j’ai bien peur
Que - pour l’avoir omis - il me faille revivre !
Point de ces rédemptions : Nul acte ne délivre.


VIII

Sévit un magnétisme immense à double pôle !

Moi, sous mon sac-à-dos qui voûte mes épaules,
Je subis la Pression du Vide dont l’aiguille
Fait qu’en notre Destin notre démarche oscille
Cahin-caha, clopin-clopant, tant bien que mal,
Entre l’effroi terrestre et l’émoi sidéral.
Certes, au diapason divin, mon âme vibre
Qui dans ses randonnées s’affranchit, dès lors libre,
De ces choix contingents que l’on croit nécessaire
Et que l’on entretient dans l’acte délétère.
Certes, je n’ai besoin de Paray-le-Monial
Pour que d’un quotidien l’éphéméride pâle
M’apparaisse plus beau aux yeux de ma conscience ;
Certes, je ne dépends, non, d’aucunes croyances
Pour savoir que de nous se moque l’Absolu.
Certes, en pâmoison je tombe quand les nues
Flottantes dans les cieux me montre un coin du voile
Dont se vêt l’Empyrée où ce n’est point d’étoiles ;
Certes, j’espère encor lorsque tout se délabre ;
Mais je ne suis de ceux, mon très cher Benoît Labre,
Qui, écrasés des Flux que déploient les Vortex,
N’ajoutent leur dégoût aux pages de l’index
Dressant des sentiments bannis la liste noire.
Je suis la dépression ! Je suis le désespoir !
Je suis le vil démon qui rêve de broyer
Dans son poing menu la Terre horrifiée !
Je suis le monstre haineux plus ignoble qu’Empuse !
Je suis la folie sombre à tête de Méduse !
Je suis le nez morveux du doute qui renifle !
Je suis le front affreux de la démence où sifflent
Les cérastes rampants des ressentiments lâches !
Je suis sous l’azur bleu la plus sale des taches !
Je suis le cri fielleux qui ne veut pas se taire !
Je suis la violence au pardon réfractaire !
Je suis la défaite encline à l'abandon !
La fureur et l'orgueil et la prétention !
Je suis le rut immonde et la médiocrité !
Sans possibles aveux, la coulpe refoulée !
Je suis l’exilé trouble aux mœurs dévastatrices
Et j’ai, par-dessus-tout, l’ivrognerie pour vice !

IX

Dehors, hurle l’hiver particulièrement froid ;
Sous ma modeste tente érigée dans les bois,
Je grelotte ; l'ambiance est plutôt à la fièvre.
Je murmure en silence un nom du bout des lèvres.


Benoît-Joseph Labre

Vign_Labre
LE VOYAGEUR DE L’ORAGE A MES TROUSSES ?


Ceux qui me suivent depuis la création du blog jantel-esperluette.over-blog.com savent qu’il m’arrive parfois d’aller dormir sur un éperon barré prénommé le Baou Rouge.

Ce toponyme signifie Falaise Rouge du fait que le coucher de soleil le fait devenir particulièrement incandescent.

Cette falaise calcaire a été occupée pendant plusieurs périodes par l’homme qui y a notamment édifié oppidum (âge de fer) et castrum (Romain).

Je suis particulièrement convaincu qu’une puissance édaphique (Tellurisme) m’attire sur ces lieux où je m’y rends fréquemment pour bivouaquer et me ressourcer.

Cette semaine, un orage éclata sur la sainte-Baume. L’orage était ponctué de nombreux impacts de foudre dont l’un mit le feu à une partie de la forêt du Baou Rouge ; les flammes étaient visibles depuis ma maison.
Je me suis rendu sur place et je pus constater que l’incendie avait été contigu à l’endroit même où je viens fréquemment planter ma tente.

C’est au moyen de deux hélicoptères porteurs d’eau escortés par deux Tracker S-2FT que les pompiers sont venus à bout du sinistre.

Les dégâts sont minimes (Voir photographies) mais attestent à mes yeux du magnétisme particulier de cette masse minérale qui « engramma » durant plusieurs Cycliques une violence mémorielle que réactualise désormais l’Ordonnancement Magnétique en cours.

Aurais-je le Voyageur de l’Orage à mes trousses ?
LA CHAPELLE DE SAINT-SER

Située sur la commune de Puyloubier, sur le versant sud de la montagne sainte-Victoire, la chapelle a été édifiée autour de la grotte où fut massacré par Euric, grand roi Wisigoth, en l'an 483 l'ermite Saint-Servin dit Saint-Ser. Le sanctuaire fut consacré le 5 janvier 1001 par Amalric, évêque d'Aix.
L’intérieur de la chapelle est muni de deux bat-flancs sur lesquels on peut dormir, malgré un confort très spartiate.
Ceux et celles qui liront « L’hommage à Saint-Ser » saisiront aisément pourquoi les malades souffrant de perte d’audition s’y rendent en pèlerinage.


Vign_la_chapelle_de_saint_ser
L’HOMMAGE A SAINT SER

I


Ser entendait des voix lui parler dans sa grotte.

Mais Euric, souverain d’un peuple wisigoth,
Jalousait en secret le prestige du saint
Lequel, en grandissant, faisait de l’ombre au sien.


II


Juchée sur un des flancs de la sainte Victoire,
L’antre qui abritait l’ermite au regard noir
Dominait la vallée immense à l’horizon
Au-delà des torrents que sculpte le Bayon ;
La caverne, en surplomb d'une plaine, le Cengle,
Surmontait de grands champs, découpés en rectangles,
Où les blés ondulaient en de sublimes houles
Sous les souffles d’Odin qu’idolâtraient les foules
Au pied du vieux dolmen surnommé Maurély ;

Là-haut, le saint priait le jour comme la nuit.
N’accordant d’attention qu’à une croix de bois
Qu’il sculpta dans le buis un matin d’hiver froid,
Il ignorait les cris que poussait l’holocauste
D’une plèbe privée de quelconques ripostes ;
Le silence régnant, maître de sa montagne,
Ser n’entendait jamais rugir l’homme en son bagne ;

Le printemps grelottait ces jours, tel un hiver.


III


Dans toute la région l'on racontait que Ser
Entendait des Esprits lui parlant à Voix basse
D'un Vide que n’enclot jamais aucun espace.
Malades et mendiants, miséreux et infirmes

(C’est du moins la version que la légende affirme),
Consultaient l'initié qui faisait des miracles;
D'autres même affirmaient qu'il rendait des oracles;
Aux plus pauvres souvent il donnait une pièce;
Sa réputation de croître n'avait de cesse.

Car Ser soignait les plaies et panser les blessures,
Mais aussi guérissait de maladies obscures
D
es gueux que condamnaient d'incurables symptômes;
D'uncuns le croyaient mage, et non plus un simple homme.

Pourtant Ser, humblement, sans jamais ne frémir,
Aux gens qui l'écoutaient se contentait de dire
Que brillait, au delà des idoles trompeuses,
Une Vacuité sublime et radieuse
Régissant sur la Terre, au moyen de ses astres,
Les guerres, les saisons, la paix et les désastres;
Des vagabonds venaient poliment l'écouter
Sans saisir un seul mot du discours prononcé,
En quête d'une aumône, en étant parfois soul;
Ser était généreux envers les sans-le-sou.


IV



Sa majesté Euric n'était pas resté sourd
Aux confuses rumeurs qui, perturbant sa cour,
Évoquait du saint nom les dons surnaturels;

Alors, en compagnie de sa garde officielle,
Le seigneur wisigoth s’en alla visiter
Le vieil anachorète au sol agenouillé;

                       Le trouvant, il lui dit :
                                                         « Quoi ? Moi qui sacrifie
Aux idoles l’encens et l’enfant dont supplie
La mère d’épargner le cœur en proie aux lames
Que mes prêtres drogués purifient dans les flammes ;
Oui, moi qui me dévoue et immole, âme pieuse,
Dans l’argent, dans l’or pur, et les pierres précieuses,
Toute une populace apeurée sous mon trône ;
Moi le guerrier sans peur qui bâtis sa couronne
Des dents que j’arrachai aux crânes des vaincus ;
Oui, sans nulle pitié (elle m’est inconnue),
Moi, le seul suzerain que coiffe dans l’ivoire
Un diadème sculpté à même des mâchoires
Et qui ai reconquis le sceptre et le blason
Des héros que le chant du barde sacre au nom
De l’ancestrale force acquise dans le sang ;
Moi qui ai rehaussé leur bannière et leur rang
Par la réputation de ma postérité ;
Moi, dont personne n’a plus grande renommée,
Oui, depuis la Dacie jusqu’à la mer noire,
Moi le plus respecté de tous les rois barbares ;
Comme des enfants jouent à l’aide de raquettes,
Moi, qui joue quelque fois à frapper dans des têtes
Avec mes bras puissants qui briseraient des ours ;
Moi, dont la lance irait atteindre la Grande Ourse
S’il me prenait l’idée de la jeter au loin ;

Je fais deux mètres dix ; regarde-moi, Servin (1) !
Moi qui te fais de l’ombre, oui moi dont l’envergure
Est celui d’un géant capable, dans ses murs
De pierre, avec ses poings, de percer des gros trous ;
Servin ! Quand tu n’es rien et que moi je suis tout !
Privilège tenu tout droit de mes ancêtres,
Moi, le colosse Euric qui a droit sur tout être
Et de vie et de mort, décidant qui expire
En mon royaume ou bien celui qui y respire ;
Moi, qu’on craint de partout, jusqu’en les Cimméries,
Moi, dont les autels fous font de mes ennemis
Cuire les chairs pourries pour plaire au ciel clément;

Et bien moi, cet élu choisi du firmament,
Choyé des Destinées, moi, jamais je n’entends
Ces voix que, toi, tu dis entendre dans les souffles
Du vent, pendant que moi, bêtement je m’essouffle
A gravir les sommets des montagnes de Gaule
Simplement dans l’espoir d’y ouïr une parole
? »


V


Dans le refuge obscur ne pénétrait nul jour.
Mais Euric, excédé, continuait son discours :


« Quoi ? La voûte céleste a pour toi de l’écoute !
Elle m’ignore, moi ! Abject, je la dégoute !
Mais comment se fait-il confusion pareille ?
Devant une ombre pâle est enclin le soleil
A s’abaisser ? Tiens donc ! Mais quel est-il ce Dieu
Que ne connurent point mes illustres aïeux
Dont les chars prestigieux roulaient sur leurs victimes
Comme ils perpétraient les plus horribles crimes ?
Quelle est cette folie ? Je n’ai point d’état d’âme :
J’ai autant massacré des enfants que des femmes !
Et mon glaive est la foudre où la force fulgore
Aux doigts du dieu Loki comme à ceux du dieu Thor !
Car voilà la justice unique sur la Terre :
Écraser le plus faible, infime ver de terre !
Éradiquer le veule au délicat regard !
J’ai fait, très raffiné, de la tuerie un art.
Pourquoi les cieux ingrats ne me parlent-ils pas ?
Ils ne causent qu’à toi ! Vieux débile ! Et Pourquoi ? »


VI


Maudire demeurait l'apanage du roi;
Alors sa seigneurie encore en profita :



« Le céleste séjour des esprits de Lumière
Ne serait occupé que par quelques grand-mères
Distillant le miel d'un doucereux bagout ?
S’échangent tendrement des petits billets doux
Sous le dôme du Ciel les âmes des défunts
Tandis que, sentant bon, s'y versent des parfums
Les mânes qui jadis furent d’épaisses brutes ?
Le sauvage y devint un glabre éphèbe ? Zut !
Mes cannibales fous, en comptant leurs quenottes,
Devenus vieux barbon, s'y font dans la culotte ?
Des mignons dépravés s’y tortillent les hanches ?
Les reîtres aux haillons sales s’y endimanchent ?
De mes guerres sans fin, toutes les laides trognes
S'y enduisent, sensuels, des onguents de Cologne ?
On y parade ? On s’y maquille ? Khôl et fard
Peinturlurent là-bas mes féroces barbares
Où l'amazone honnie, végétant en mémé,
Y radote, flétrie, près d'une cheminée ?
Les voyous qui m'aidaient à vaincre Carcassonne
Affichent en l'Éther des têtes de garçonne ?

Le farouche soudard s'y est reconverti
Maniant l’éventail, en un bel inverti ? »


VII


L'ironie semblait plaire au tyran sans partage.
Un poing dressé au ciel, son front était en âge;
Ses lèvres écumait sa jalousie profonde,
Aussi Euric jeta, sous sa crinière blonde :


« Le Néant est jovial; c'est de paix un bel havre;
Son sol n'est plus jonché de putrides cadavres;

On y danse, on y parle avec des gazouillis
D’oiseaux d’été. L’élu, pour combler son ennui,
Là coud des vieux boutons et enfile des perles.
Les démurges cruels, comme des petits merles,
Y piaulent à présent de bien jolis cui-cui.
De nos divinités la forteresse inouïe
Compte psentement plusieurs salles de bal.
La souveraineté n’y est plus triviale;
Les spectres édentés, les lugubres fantômes
S’y sont réincarnées en courtois gentilshommes.
La vengeresse Sif, qui avec nos vies jongle,
S'y met du rouge à lèvre et du vernis à ongle
Quand le chien de Niflheim, Garm aux crocs écarlates,
Y lèche le lémure en lui donnant la patte.
L’espace des damnés, né de la sépulture,
Ressemble - à s'y méprendre - à une sinécure;
S'occupant comme on peut, on se tourne les pouces
Sur ces cimes où Sköll, n'inspirant plus la frousse,
Bêle comme un agneau en broutant quelques mauves,
Lui qui était jadis dès plus féroces fauves.

D’un pouvoir absolu, plus personne ne hante
Le palais de Magni qui, rieur, y plaisante.
L’éden se réjouit des fragrances de rose
Qu’une âme nue, devant la glace où elle pose,
Se répand sur la peau en poussant la chanson.
Là serait la patrie des morts : Un haut balcon
Où l’on parle chiffon et que portent, lascives,
Des statues d’uraniens aux épaules chétives !

La farce que voilà ! L’au-delà s’est depuis
Efféminé au point de jeter dans l’oubli
Les viriles vigueurs qu’elle forgea naguère,
Dans des flammes d’effroi, aux forges de l’enfer
! »


VII



Dans l'humble cavité murmurait en sa course
Le modeste débit d'une petite source
Qui, en un fil ténu, sourdait depuis la roche;
Et Euric reprit là, sans aucune anicroche :

 « Qu'on me témoigne un peu plus de reconnaissance !
Ne fus-je point celui qui, depuis son enfance,
Fut dressé, comme un chien, à broyer et à mordre
Les os que lui offrait, s’amusant à les tordre,
Un sort tout dévoué à la cause du mal ?
Où ai-je donc fauté ? Quelle ironie fatale
Décida un matin ce brusque changement ?

Servin ! Réponds-moi donc : Je suis tel un titan
Aux cheveux blonds, les yeux bleus à l’instar des mers
Que je sus traverser plus vite qu’un éclair
D’un coup de rame un peu pressé, je l’avoue, certes ;
Mes pères viennent d’où d’affreuses lueurs vertes
Brillent parfois aux nues plus que des vers luisants ;
Déferlent dans nos yeux des lames d’océan ;
Notre cœur bat au rythme inouï des blizzards ;
Ma nation brandit haut l’éclair pour étendard ;
J’ai pour amis le pal, le marteau et le fouet
Étant bourreau moi-même, avant d’être guerrier ;
Le loup mène sa harde autant que moi ma horde
Par les chaînes, la roue, la cisaille et la corde ;
Je sème de partout les graines du gibet
Qui poussent dans les champs comme dans les cités
Tel au printemps radieux d’amples pommes de terre ;
J’appris les rudiments des sciences militaires,
Criant « potence ! » avant « maman ! », dès le berceau
Où, sitôt né, papa m’offrit un échafaud ;
Plus tard, tout jeune enfant, ma massue sur l’épaule,
Marchant dans les coteaux, j’enviais de l’aigle en vol
La serre qui déchire et le bec qui pourfend
De l’innocente proie ensanglantée, le flanc ;
Robuste adolescent, de ma personne imbue,
Je fus le plus cruel de toutes les tribus
Et je crevais les yeux des chouettes et des chats !
M’exerçant sur l’oiseau, le crapaud et le rat,
Très vite, j’excellai dans l’art de la torture
Et les âges passant, je devenais plus dur,
Plus sanguinaire encore avec mes victimes ;
Et puis l’homme devint la cible de mes crimes,
A tel point qu’aujourd’hui il n’est pas ici-bas
Nulle part, entends-tu, un monstre comme moi !
»


VIII


Les yeux exorbités d'Euric, noyés de haine,
Dardaient d'ardents éclairs, avant qu'il ne reprenne :
 
« J’ai mille et un bâtards qui pendent aux mamelles
De putains dans mes bras buvant de l’hydromel ;
J’exécute l’émeute et je fouette l’esclave ;
Dans mes appartements, souvent ivre je bave
Des phrases insensées inspirées des démons ;
Je bois des alcools forts pires que des poisons ;

J’empoisonne qui croit me toiser en rival ;
La concubine aimée finira sur le pal ;
M
es tentes érigées d'affreuses peaux de bêtes
Cachent sous leurs tapis des restes de squelettes.
Je suis un fou à lier. C’est au bout d’une laisse
Que parfois je promène une de mes maîtresses ;
Oh ! De mes propres mains j’ai castré mes eunuques !
Je féconde le ventre ou je brise une nuque
Selon mon bon caprice et l’humeur du moment ;
Mes coffres sont bourrés d’étranges talismans
Et de pentacles peints dans d’occultes grimoires
Avec du sang humain variant du rouge au noir ;
Aux civilisations opposant mon désordre,
Des rudes Déités j’exécute les ordres.

Et bien Servin : Dis-moi pourquoi à mes prières,
A ma franche requête, à ma question sincère,
Le céleste Empyrée toujours se montre sourd ?
Suis-je le fils que Tyr engendra dans l’amour
De Skadi la géante offerte au dieu chasseur ?
Je n’ai jamais connu, Servin, la moindre peur.
Pourquoi l’Azur terrible, avec moi peu bavard,
Ne se confie qu’à toi, misérable vieillard ?
Réponds-moi ou, sinon, je vais tôt me fâcher.
»


IX


Il avait dit cela mais Servin se taisait,
Le regard absorbé par l’ombre de sa grotte ;
Il était si fluet qu’on lui voyait les côtes.

L’ascète restant droit, aussi coi que le sphinx,
Le roi Euric bondit de rage, tel un lynx,
Le fulminant de mots qui ne sauraient se dire,
Montrant combien ce chef fut un sinistre sire…
Puis il vit que Servin cachait dedans ses mains
Un objet curieux posé contre son sein ;

« Qu’enserrent donc tes mains ? criait-il, montre-moi !
Ceci est donc ton Dieu ? Une croix faite en bois !
Défies-tu un monarque avec deux bouts de buis ?
Te moques-tu de moi, Servin ? Toi, vieux débris
?
 Mais qui donc, en ce lieu perché de la montagne,
S'entretient avec toi quand - de surcroît - tu soignes !
»
Le tyran fou hurlait sa haine et d’un coup sec
Lui arracha des mains livides sa croix grecque.

Dès lors, Euric, furieux, frappa contre la roche
De sa tête, et sortant tout à coup de sa poche
Une dague, sertie de mille et un rubis,
Il creva les tympans de l’ermite soumis.

Puis le despote haineux entailla ses oreilles
Qui saignèrent beaucoup, et la lame qui raye,
Qui incise et ébrèche et découpe et balafre,
Depuis sa confection experte en bien des affres,
Finit par amputer Servin de ses deux lobes.

Le sol était couvert de sang, couleur de l’aube.

Il découpa enfin le reste de l'oreille
Dont le fin cartilage, aux chairs rouge groseille,
Céda sous les pressions de la lame assassine.
 L'arme montrait un manche en corne sarrasine  

Et le saint étouffait sa douleur infinie.

Fier de lui, et riant aux éclats, Euric dit :

« Dis-moi si maintenant ce Dieu, qu’on dit d’Amour,
De son timbre sacré te chuchote toujours
Cette langue inconnue que seul tu comprenais
? »

Sa main brandissait haut le dégoûtant trophée
Aux yeux de sa victime encore épouvantée.


Alors, le sage et saint, d’une voix assurée,
Lui répondit : « Jésus, en lequel tu ne crois,
Dès l’instant où frappait ton poignard, me conta
Que ton fils Alaric, l’héritier de ton trône
S’étalant au-delà des terres de Narbonne,
Périra sous les coups d’une radiante épée
Venue laver l’honneur du Christ crucifié (2)
Euric, mon heure est proche ; aussi, souffre d’entendre
Qu’une Voix là me parle et m’intime de tendre
Mon cou frêle sous la lourde hache de fer
Que brandira bientôt l’un de tes victimaires
Punissant mon affront de t’avoir tenu tête.
»


X


N’en pouvant plus tenir, au mépris du prophète,
Euric claqua des doigts, et sous le sombre porche
De l’antre mystérieux pénétrèrent deux torches
Brandis par deux guerriers armés à la ceinture ;
Leur front était tatoué de symboles obscurs.
En crachant sur la croix de bois restée à terre,
Ils sortirent Servin et plus bas l’amenèrent
En sifflant fièrement l’air d’un chant belliqueux.

Des nuages roulaient, lourds et noirs, dans les cieux ;
Comme tombait la neige en de subtiles couches,
Le tonnerre gronda loin sur le Pic des Mouches.

L’escorte déboucha, un roc après un roc,
Avec son prisonnier au nord de Suberoque
Et le roi, à sa tête, auréolé de gloire,
Silencieusement savourait sa victoire.
Au bout d’un de ses doigts il embrassa sa bague
De saphirs, et remit dans son fourreau sa dague,
Puis offrit en curée les petits bouts d'oreilles
Aux ténébreux corbeaux et aux noires corneilles.


XI


Face au billot de bois, durant le saint office,
La multitude sotte assista au supplice
De la décollation réservée au rebelle
Qui, niant jusqu’au bout l’idole artificielle,
Refusa de servir autre dieu que son Dieu.
Une fois consommé le geste crapuleux,
On jeta sa dépouille en pâture aux chiens.

Or, quand roula la tête au pied du suzerain,
La foudre s’abattit sur l’antique dolmen
Où la cérémonie bâclait l’odieuse scène,
Tandis que la montagne énorme, majestueuse,
Fit trembler ses forêts de hêtres et de yeuses ;

Sous la vive impulsion de terrifiantes ondes,
Sa masse chancela pendant quelques secondes
Provoquant la stupeur et les cris et l’effroi
D’une tourbe hébétée et curieuse à la fois
De tant d’étrangetés qui mènent à l’extase;
Le Mont Sainte-Victoire, en remuant sa base,
Manifesta ainsi son désappointement.

Pur Être, Saint-Servius demeure dans le Temps.


_________________________



1) Servin : Autre nom de saint-Ser.

2) Alaric II fut tué en combat singulier par Clovis, roi des Francs, durant la bataille de Vouillé qui s'est déroulée au printemps 507 et mit fin à la dynastie des wisigoths.


LE TOMBEAU DE CAÏUS MARIUS

"Les massaliens fermèrent leurs vignes de haies faites d'os de morts et les corps étant pourris et consumés dessus leurs champs par les grandes pluyes qui tombèrent dessus l'hiver ensuivant, les terres en devinrent si grasses, et en pénétra la gresse si profond en dedans, que l'esté ensuivant elles rapportèrent une quantité incroyable de toutes sortes de fruits."

Texte de Plutarque (Traduction d'Amyot).



I

Ils étaient des milliers à quitter l’âpre terre ;
La surpopulation fabrique les misères
De tout temps ; c’est un lieu commun, un bien-fondé
Que refuse de voir la triste humanité.
La logique se veut implacable et chiffrée :
Le surnombre finit dans le sang éprouvé,
La cohérence est là qui par a plus b prouve
La fatale équation que l’addition approuve.
C’est le raisonnement le plus juste qui soit.
Il n’est pas d’exception au sombre résultat ;

Trop d’enfants mis au monde et éclatent les guerres
Quand ça n’éveille point les tremblements de terre.
Tous les surpeuplements se vouent à la refonte,
L’épidémie s’en vient parfois régler ses comptes,
Les bouches à nourrir engraissent les fléaux.
C’est la fatalité qui dépeuple où les sots
Recherchent un coupable idéal à punir
Sans jamais se remettre en cause, et c’est peu dire !
Regorge notre histoire, abjecte secrétaire,
De ces souffre-douleurs nommés bouc-émissaires ;

La pierre que l’on jette en l’air devra descendre,
La buche offerte à l’âtre aura pour nom la cendre,
Le ressort étendu finira comprimé,
Deviendra de l’humus la feuille au sol tombée.
Le cachet finira d’oblitérer le timbre.


II


Ils étaient des Teutons, des Ambrons et des Cimbres ;
Ils étaient des milliers et des milliers encore
A quitter leur pays ravagé par la mort;
Pour seule fleur du coin fleurissait l'hécatombe
Et les places manquaient pour y creuser des tombes.

Or, pour ne point verser dans la larme facile,
Ensemble remontons de l'histoire le fil;
Oui, parcourons du Temps le Cyclique à rebours,
Continuelle Expression d'un éternel retour.

III

Les germaines tribus, par trop éparpillées,
Pullulaient dans la steppe aux plaines enneigées.
La hache avait rasé la forêt inouïe
Et, inculte, le sol ne donnait plus ses fruits.
Le gibier n’était plus au rendez-vous ; la chasse
A la famine avait fini par laisser place.
Jamais autant de neige on n'avait vu tomber
Et la fin ne semblait point se dessiner
Pour ces déluges blancs que dégorgeait le ciel ;
Les guerriers en furie se gorgeaient d’hydromel.
Les femmes s’adonnaient à d’obscènes pratiques
Pour conjurer la peur d’un sort problématique.
Les prêtres abondaient dans d’affreux sortilèges :
A l’horrible Skadi, déesse de la neige,
On sacrifiait l’enfant remplacé chaque jour
Mais les nues dans le ciel s’obscurcissaient toujours.

IV

Malgré supplications, rituels et prières,
Les troupeaux affamés par milliers succombèrent.
L’Ambiant multipliant les secousses sismiques,
Une vague inouïe, venue de la Baltique
Ravagea du Jutland, sous son raz-de-marée,
Par mille et un impacts les côtes inondées.


Les peuples prirent peur et cherchaient un refuge
Loin de cette nature avide de déluges.
Déclenchant, ça et là, des guerres intestines,
Le chaos imposa partout l’indiscipline
Dont le logique effroi s’en venait imposer
Ces désordres qu’induit la corporéité.

Un Ordonnancement Magnétique sévit
Là où croît l’existence aux dépens de la Vie.

V

La gésine gageant quelque prospérité,
Les foules ne cessaient jamais de procréer
Malgré malheurs, effrois, affres, douleurs sans nom.

Puis apparut l’exode, unique solution.

Dans la confusion on démonta les huttes ;
Du royaume du nord on désertait les buttes.
Ce peuple ne craignait de déclencher des rixes ;
A sa tête, le roi s’appelait Boiorix
Et donnant de la voix, il exhorta les siens
A combattre en son nom tout ce que le Destin
Enverrait d’ennemis venus à sa rencontre ;
Jamais, face au combat, ses guerriers n’étaient contre
La guerre déclarée à qui faisait obstacle
Et l’on offrit aux dieux les plus sanglants spectacles,
Une bataille, après une autre, toujours pire.
Pendant longtemps l’on vit beaucoup d’hommes mourir.
Ces armées sans pitié écumèrent l’Europe,
Pillant, tuant, violant puis, comme dans des choppes,
Dans les crânes vaincus buvant de la cervoise,
Nul ne pouvait stopper cette engeance grivoise
Peu encline à goûter l’art et la poésie.

VI

Le soir, les assemblées s’achevaient en orgies :
Une fois le soleil à l’horizon couché,
Autour de Boiorix, les convives fêtaient
Dans le faste et le bruit chacune des victoires
Âprement remportées sur leurs frères barbares.

Mais une nuit jeta un trouble dans la fosse
De ces fauves jurant et qui rongeaient leurs os ;
Dans les cris célébrant le triomphe avéré,
Une femme surgit marchant à pas feutré,
C’était une bardesse, une très belle scalde,
Voilà ce que chanta la bardesse Sighald :

VII

« Des os, des corps pourris sous l’haleine du Temps
Qui souffle avec fureur la vengeance et le vent
Vers la plaine obscurcie, près d’un mont de ténèbres,
Sous les nuages noirs d’une éclipse funèbre ;
Le soleil s’est couché pour des siècles encore
Et la déroute est là confortée par les cors,
Puis la foudre qui choit au pied d’une muraille
Fait résonner Là-Haut l’effroi d’une bataille.
C’est un déluge comme on en vit peu naguère
Qui agréait cette offrande aux dieux que sont les guerres ;
Des dépouilles s’égaient l’eau et le feu des Mondes.
Le tonnerre toujours dans la campagne gronde
Et la corne damnée du rescapé livide
Salue l’Ordre fatal imprimé par le Vide.
»

VIII

L’assemblée restait coite en face de ses mots
S’en venant déferler sur elle ainsi qu’un flot
Plein d’écume qui enfle au sommet d’une vague ;
Luisait dans la pénombre une foison de dagues.
Les lames jaillissaient depuis leur fourreau d’or.

La bardesse Sighald fut soudain mise à mort.

IX

Son instrument de bois accompagna son plectre
Dans le feu qui chauffait les visages de spectre
Qu’affichait cette bande inouïe d’épaisses brutes.
Craquaient dans l’âtre ardent les cordes du vieux luth.
On criait des hourras ! et on buvait encore
Dans des coupes d’argent extrait de mines maures.

X

Les chariots lourds roulaient vers le sud de la Gaule.

Le moral, au beau fixe, offrait ses farces drôles.
Aux mamelles pendues braillaient d’amples marmailles,
Les coffres étaient pleins du butin des batailles,
Et on allait chantant envahir les contrées
Riches d’Arausio et d’Aquae Sextiae.
Baldeur, dieu du soleil, brillait au firmament
Et le mage attitré, Rüngorn, était content.

XI

A quoi bon retracer la ruine d’un périple ?
Chez l’homme la débâche a des formes multiples
Mais demeure son lot depuis l’aube des temps.
Faute d’avoir créé son propre mouvement,
L’humanité dérive au gré de vents contraires
Entre procréations excessives et guerres.
La palingénésie, en élisant nos chefs,
Des civilisations déchues guide les nefs
Et fait du libre-arbitre un esclave à ses pieds.
C’est toujours et partout même calamité
Et chaque époque croit planifier une route
Où une impasse attend l’espoir dans la déroute.
Le Temps n’est point racine achevant dans la fleur
La promesse tenue de lendemains meilleurs.
Qui bâtit sa cité en déblayant la terre
Creuse en fait dans le sol l’espace de sa bière !
Des peuples le labeur œuvre dans l’infortune
A répandre un chaos fait de fosses communes
Quand choient les sociétés comme fétus de paille ;
Après une bataille il est d’autres batailles,
S’acquitte le tourment par un autre tourment,
La brise du Destin s’achève en ouragan.

XII

Sans mansuétude, sans indulgence, sans tact,
La rédintégration meut chacun de nos actes
Et la bataille d’Aix n’échappa à la règle
Qu’aisément remporta l’empire à tête d’aigle.

Le succès d’Arausio fut l’aube d’un échec.

XIII

Les corbeaux dévoraient maints yeux avec leur bec ;
Sur les débris fumant de lances et de casques,
Soufflaient d’un vent amer les violentes bourrasques
Qui charriaient au ciel, par processions lentes,
De l’ascension de l’eau les vapeurs triomphantes.
La décomposition des cadavres affreux
Apportait à la terre un engrais merveilleux.
Sur les dépouilles nues aux visages livides
De la plaine irrorée montait l’Élément fluide ;
Le Cycle reprenait ses droits ; et Teutobokhe,
Le roi Teuton, finit sous le coutre et le soc,
En engraissant le sol, par honorer sur terre
D’alimentation notre fonction première.

Les brumes, les brouillards surchargeant l’atmosphère,
Des membres épars, des chairs meurtries épongèrent
Le fluidique Élément dont les exhalaisons
Se volatilisaient vers les quatre horizons.
Le semblable attirant le semblable, la Chose,
Égale à elle-même, attira à sa cause
La totale adhésion de mille gouttelettes
Venues d’autres régions pour assister à cette
Céleste Ordination exigée par le Vide.

XIV

S’amassaient tout là-haut des nuages splendides
Et les nues appelant d’autres nues, le spectacle
S’en venait, peu à peu, corroborer l’oracle
Qu’avait chanté aux siens la bardesse Sighald.

L’amas des corps pourris, telle une énorme halde
De houille en feu, fumait ce matin-là encore
Plus qu’à l’accoutumée et, sur la rouge aurore,
Très vite déboula, nébuleuses ténèbres,
La noire chevauchée des orages funèbres.

XV

Dans le ciel, qui devint plus sombre qu’un suaire,
Les crins noirs et épais des nuages suèrent
De torrentielles pluies tombant à profusion
Qui endeuillaient l’azur d’une entière saison.

Durant un plein hiver on ne vit du soleil
Le fruit jaune citron, le fruit rouge groseille.

Comme des chevaux fous qui hennissaient de rage,
Sur leurs sabots de feu galopaient les nuages
Piétinant la plaine écrasée sous les fers
Que déployait la charge énorme des éclairs.
Déluge horrible ! Hideux torrents ! Ardentes trombes !
Ô flots de feu ! Ô Flux tombant comme des bombes !
Magnétique combat qu’engageaient, par la foudre,
Pression et attraction venues pour en découdre !
Grondait dans le tonnerre à l’humeur agressive
La gueule aux crocs affreux d’Osmose Répulsive !
Là, dans l’horrible boue s’ébrouaient les narines
A jamais courroucées des tempêtes divines
Qui de fange et de froid ravagèrent la glèbe…

XVI

L’été vint rayonnant et se réjouit la plèbe
Qui, durant une entière année, par pleins paniers,
Récolta plus de fruits qu’il n’en poussa jamais !
Des haies furent bâties des défuntes carcasses
Pour protéger la vigne en proie aux vents qui passent.

XVII

Les pillages sans fin, les campagnes sans nombre ;
Ravages et razzias, les ruines, les décombres ;
Villes mises à mal et puis mises à sac ;
Les défaites honnies, les sanglantes attaques ;
A quoi servirent tant de douleurs éprouvées
Si ce n’est à nourrir d’Autres Humanités ?

XVIII

Gloire à l'Ordre Implié du divin magnétisme
Qu'exprime la Pression, cosmique cinétisme !
Un ban pour l’Absolu qui sans fin manipule
Le revers programmé dans toutes nos cellules !
Aussi, fierté, honneurs, gloriole et vanité
Font de fantoches fiers un tas de macchabées.

XIX

La reproduction veut que tout nouveau schéma
Se calque sur l’ancien, inexorable effroi !
Par trop de nouveau-nés donnant par trop de morts,
L'Espace-temps encor relâcha son ressort
Que la fécondité, énergie sans contrôle,
Étirait à l’excès dans une allure folle.
Quand bébés et berceaux pullulaient sous les tentes,
Les soldats achevaient l’œuvre des parturientes.
Les lieux ont leur mémoire ainsi que nos cerveaux,
Le souvenir y gît qui surgira bientôt
En faisant de nos choix, ô montagne d’orgueil,
Un tas de cendre au fond d’une urne ou d’un cercueil.
A notre destinée président les étoiles ;
Comme à cor et à cri le tumulte s’exhale
De nos ambitions que dirigent les astres,
Le silence toujours conclura nos désastres.


XX

Dans les cris des hourras, des bravos les clameurs,
Les romaines armées célébraient leur vainqueur
Où encore aujourd’hui, entre Trets et Pourrières,
Toujours debout, malgré deux mille ans de poussière,
En bordure de l’Arc, trône, majestueux,
Le tombeau de Caïus Marius, l’élu des dieux.




Marius défait les Cimbres dans la plaine située entre Belsannettes et la Grande Fugère (Provence), dit La défaite des Cimbres, par Alexandre Gabriel DECAMPS, 1833, musée du Louvre, Paris.

Vign_defaite_cimbres
LA MORT DE GERMAIN NOUVEAU


Au beau milieu d’un tas de paysans incultes,
De bigotes louchant sur les deniers du culte ;
Entouré de banquiers vils et d’apothicaires
Sans âme, où le montraient du doigt d’affreux notaires,
Un poète mendiait sur des marches d’église ;
Son buste était penché comme la tour de Pise
Et de sa chevelure, étalée en gouttières,
Ruisselait une pluie qui partait dans Pourrières
Laver ses caniveaux et l’honneur de ses gens.

(...)

Les bourgeoises, guindées dans des taffetas blancs,
Dessous leur parapluie courent à perdre haleine,
Leur beau chapeau coincé à même les baleines
Où s’échappe, en vents frais, un fin parfum de poudre.
Et comme sur les monts lointains frappe la foudre,
Là se pincent le nez auprès de gueux abjects
Des personnalités qu’à Paris l’on respecte.
Les sabots des damnés sur le pavé résonnent
D’une onomatopée intraduisible ; sonnent
Les cloches sursautant du nouveau campanile ;

(...)

L'i
dolâtre cohue attend, sous le grésil,
Le curé en retard dont l'attelage lutte,
Offert au vent glacé, contre l'ultime butte. 
Des enfants jouent parterre à troubler une flaque
Près de nourrices crues qui leur mettent des claques ;
Une messe sera donnée dans la paroisse
Vers laquelle, bientôt, la foule afflue par masse
En portant de la Croix Divine le triomphe.
Fredonnant son bourdon tel un vulgaire gomphe,
La procession finit par atteindre, épuisée,
Le divin édicule au vieux parvis trempé.
Le curé vieillissant répond au nom de Jacques
Et s’en vient célébrer sa dernière Pâques.
Loin du menu-fretin où quelque élite illustre
Affiche une toilette inaccessible au rustre,
Sur des fiacres fleuris reluisent de bijoux
Le marbre des poignets et la nacre des cous ; 

Mais dans la main tendue du poète maudit
Dont les contemporains délaissaient le génie,
Nulle pièce ne chut sur l'innocente paume
Qui n'attendait plus rien des misérables hommes.
Haineuse du mendiant, l’immonde populace 
Rêvait de lui jeter encore sa caillasse.

Aussi, Germain Nouveau se dressa telle une arche
Et, son front fatigué, ses yeux de patriarche 
Une dernière fois vers le Ciel se tournèrent.
En se lovant soudain, ses deux bras dessinèrent
Dans l’espace asservi d’énormes arcs-boutants.
Le barde de Provence allait en grandissant ;
Il grandit et grandit et puis grandit encore
Sous le regard de Ceux hantant les corridors
Que l’Espace et le Temps déploient tous azimuts.
Le poète devint, en moins d’une minute,
Un géant dépassant de ses larges épaules
Le clocher et les monts qui, sous l’orage fol
De neige et de crachin grondant au firmament,
Tremblèrent sur leur roc fouetté des quatre vents.

Les membres du rêveur aussitôt se figèrent :
Ses jambes et ses bras devinrent de la pierre
Et sa tête et ses mains et son cou et ses pieds
Se virent aussitôt, de même, pétrifiés ;
Dans ses veines en feu se creusèrent des voûtes;
De son cœur en lambeaux s'édifièrent des routes
Que bordait l'Infini en subtiles colonnes;
Depuis l'Éternité dont le ant rayonne,
Des milliards d'Univers convergeait vers son ventre
Qui devint de la roue cosmique l'humble centre.
Brillait dans son cerveau le céleste Empyrée
Où, comme dans un roc sculptant les Idées vraies,
L'Inconscient bâtisseur échafauda des tours
Et des flèches en prise au souffle de l'Amour.

Le songe de l'esthète, envahi par la Grâce,
Projeta sur un pan du ciel une rosace
Où pénétrait un Flux de Diaphanéité
Qui par mille couleurs, plus bas, se déclinait.
En ce vitrail inouï se profilaient ces Mondes
Où les formes, les sons vibrent d'une même Onde.
Fi d'un peuple idiot qui se soûlait d'antiennes,
La rose irradiait d'une Harmonie ancienne
Et, dans cet œil
qui voit l’âme à travers l’atome,
Comme croissait toujours l'envergure de l’homme,
Les Anges attendris virent au cœur du val
Se dresser jusqu’aux Cieux l’humaine cathédrale !

(…)

La foule se pressait à l’issue de la messe.
Les épouses trahies maudissaient les maîtresses
En traînant par un bras leur triste rejeton.
Un corps inerte au sol n’attira l’attention.
Les rues du vieux village au large se vidaient. 

Dans le givre et le froid Germain Nouveau gisait.

Vign_Nouveau
LOU SUBIACO LABRIEN

C’est ici ; voilà l’antre exquis de Benoît Labre.

On imagine bien, durant l’hiver macabre,
Un spectre qui, marchant le bourdon à la main
Et la sébile vide, arpentait le chemin
Menant à la tanière inoccupée du loup
Juste avant d’engouffrer sa tête dans ce trou.

L’obscure cavité rustique et spartiate
Domine la vallée verdoyante où, étroite,
La rivière de l’Arc, silencieusement, roule
Son sable et ses galets dans son onde qui coule
Près des cris et des ruts de l’humaine agonie.
Haut dans le firmament, vainqueur, le soleil luit.
Un peu plus bas, au pied du roc du Saut des Nonnes,
Le ruisseau argenté du Calavon résonne
Parmi le vallon clair sauvage infiniment.

Mais durant cet hiver glacial où d’un drap blanc
Nivôse recouvrait les flancs du Montaiguet,
Le torrent, sous la glace épaisse pétrifié,
Taisait son flot pesant bâillonné par le froid.
Sous sa robe de Bure où grelottait Benoit,
À son torse pendait, en bois noir, un rosaire
Que sur le bout des doigts, au rythme des prières,
Égrainait la passion qui lui venait du cœur
De réciter ces mots qu’il connaissait par cœur.


Pourtant de la Lumière entrait d’entre les nues
Dans la grotte où parfois Benoît dormait tout nu
Comme pour mieux aimer ce Christ qui fut souffrance
Jusque dans la folie, jusque dans la démence.
Et dans ce rayon d’or pénétrant la caverne,
Brillait l’Esprit de Dieu ainsi qu’une lanterne
Apportée à la proue d’un navire qui sombre
Par la brèche que fit l’énorme écueil sombre.
Car c’est bien un naufrage, et le pire qui soit,
Que, pour un vain plaisir, d’être né ici-bas.

Défilent tout là-haut, en leur vaste cortège,
D’une nuagerie (*) les amas gris et beiges
Que meut la vastitude aux sidérales Lois
Inconnue de la science aveugle à la vraie Foi ;
Fulgore à l’horizon la foudre avant-courrière
De l’orage à venir réclamée d’une terre
Sempiternellement assoiffée de leptons.
Sain Labre ! Tu fus grand quand nous sommes capons !
Nous berce en son confort le triste quotidien
Provoquant, chaque jour, son grand lot d’actes vains
Qui fuient de l’Absolu la position fixe.
Mais toi, tel que s’accroche à son rocher l’hélix,
Tu te soudais à Dieu sans jamais te scinder
De ce que vit esprit à ce qu’envie matière,
De ce qui émeut l’âme à ce que meut la chair !

Et alors que s’abat tout à coup un déluge,
Moi, recroquevillé au fond de ton refuge,
Apeuré des éclairs dont fuse le vacarme,
 Je sens du fond de moi sourdre d’épaisses larmes
Versées abondamment dessus le genre humain
Oublieux de l’Amour qu’on doit à son prochain.
Le temps viendra un jour, tôt ou tard, il le faut,
Où nous ne serons plus de nos petits ego
Les esclaves navrés rampant sur leurs genoux
En servant à la fois deux maîtres, Dieu et nous !

Dehors sévit la pluie et bientôt je patauge
Dans le val où s’enfuit, dévissant dans la bauge,
Mon pas qui, malhabile, a du mal à tenir
Les promesses d’un sort dévolu à la lyre ;
Une joue contre terre et le front dans la fange,
Voila que je m’affale en une pose étrange
Qui me résume bien, histrion à la lutte
Dont le drame d’aimer conduira à sa chute !
A quoi bon les bilans et les introspections ?
Et que dire du sang que fait couler le don ?
Mon âme est une peau qu’un bistouri dissèque,
Toute ma vie ne fut qu’un lamentable échec !

Les giboulées déjà laissent leur ciel de traîne
Filer vers d’autres cieux et, tandis que se traîne
Au sol mon corps déchu cherchant l’arbre et sa branche
Pour poser un genou et remboîter ses hanches,
Une éclaircie au loin pointe le long museau
D’un rayon jaillissant sur une flaque d’eau.



____________________________________


(*) Hapax créé par Germain Nouveau.



LOU SUBIACO LABRIEN,
Grotte du vallon du Chicalon (Meyreuil) où séjourna Joseph Benoît Labre pendant l'hiver 1873-1874

Vign_Labre_2
LE ROCHER DU SAUT DES NONES


Crinières empoignées dans des rages superbes,
Leur corps était traîné sur la pierre et sur l’herbe
Au bord du précipice.
Des guerriers pleins de vice
Une lame à la main, sans pitié égorgèrent
Ces ancelles d’Amour qu’ils jetaient dans les airs.

Qui sait les noms portés des humbles créatures
Qu’on vouait à l’abîme, et dont les chevelures
Ruisselaient d’un sang noir ?
Qui donc connait l’histoire
Demeurées sans prénom, de ces sœurs, de ces saintes
Que le gouffre accueillit dans sa sinistre enceinte ?

Quelle plume, quel livre
Révéla cette Union céleste que délivrent
Vindictes et victimes ?
La croix contre le crime,
Quelle encre, quel auteur coucha sur le papier
La divine et sublime aile qu’est espérer ?

Les hideux sarrasins, venus des plaines maures,
Avec leur cimeterre éparpillaient les morts;
Maints chevaux dévalaient
Dans toutes les vallées
Charriant les galops fous et les cris malévoles
 De violentes razzias sur le sud de la Gaule.

Les muscles, la sueur, les rires sardoniques,
Les gibets qu’on dressait, têtes en bout de piques,
La marmite et le pal ;
L’éclipse était totale
Sur le pays en proie à l’ombre et à la nuit
Où chavirait de Dieu le Soleil infini.

Mais ces femmes de Foi avaient servi le Christ
Durant toute une vie sans n'opposer d'air triste
A l’asservissement.
Jamais l’Esprit ne ment
A celles et à ceux qui un beau jour renoncent
A l’éclat de la rose au profit de sa ronce. 

Ces dames confiaient au Vide sans néant
Les rages qu'un cœur craint quand la chair ne s’éprend
Que de concupiscence.
Dès lors leur existence
Se résumait à croire, en l’oblation pie,
Qu’offerte à la rupture elle entrait dans la Vie.

Dominant la vallée d’Aix en Provence, on trouve
Un lieu portant ce nom que la Légende approuve :
Rocher du saut des nones.
En l’Éther qui rayonne,
Leurs songes désormais, d'un plongeoir de Louanges,
Exécutent en vol d’immenses sauts de l’Ange.

Rocher du Saut des Nonnes
(Commune de Meyreuil)

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QUEYRASSIC PARC

QUEYRASSIC PARC
est un recueil de poésie romantique inspiré par une randonnée de deux mois dans le Parc Naturel Régional du Queyras.



LA "TÊTE NOIRE" de Saint-Véran
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QUEYRASSIC PARC (Juillet-Août 2013)



"Les Alpes c'est les Textes, et les Textes c'est Dieu" &.



Le sublime Queyras se cueille comme un don
Aux fleurs d'Immensité que ses Monts émancipent :
Le précipice affreux nous donne sa leçon,
La cime appelle au saut que fit un jour Leucippe.
Le superbe Queyras se recueille en un don
Aux Flux d'Immensité émergeant de ses Monts :
L'horrible précipice impose le principe,
Un pic dresse vers Dieu son funéraire cippe.


PIE, GEAI ?


C'est la forêt :
Voilà le geai
Versicolore.
Puis des bois sort
La pie servile :
Voici la ville.




RÉDINTÉGRATION

Les ouvriers
Vont au café
Prendre leur crème;
Les quolibets
Fusent dans des
Sourires blêmes.

Leur femme sont
Dans les salons
Causant bébés
Entre coiffure
Et manucure,
Âmes damnées.

Bientôt de folles
Vapeurs d'alcool
Tournant les têtes
S’envoleront
Parmi les ronds
Des cigarettes.

Or qui voit le
Tourbillon de
L’Universel,
Verrait des crânes,
S'élever, crâne,
L’Effluencel.

De rouges lèvres
Donnent la fièvre
Aux vieux chômeurs;
Mime le lièvre
D'un geste mièvre
L'ivre chasseur.

C'était déjà
Jadis le cas
En d'autres âges.
Vies antérieures,
Portions d'Ailleurs,
Qui vous présage ?

Sous ce qu'implique
L'énigmatique
Énergie noire,
C'est le Grand Cycle
Tragi-comique
Du désespoir;

Demain encore
Mon pauvre corps,
Cage innommable,
Déplorera
Ces choses-là
Sur d'autres tables.

Arvieux, Août 2013.



LE BOUQUETIN
 

Et c’était une orgie dans les Alpes superbes.

Les bouteilles d'alcool jonchant les touffes d'herbes,
L'âcre urine souillait la pureté des schistes
Où je me sentais seul au monde, et d'humeur triste…

Dès lors ce fut là-haut l’auguste apparition :
Mille mètres dessus la muraille sans nom,
Tel que le cimeterre éventre les armures,
Deux cornes recourbées transpercèrent l’azur
Et l’ombre grandissait au fond du firmament ;
 C’était un bouquetin qui, au bord du néant,
Laissait flotter son crâne où bout l’instinct hagard ;
Il semblait nous toiser dans un simple regard
Et releva sa tête étrangère au vertige ;
D’un seul coup de sabot, il bondit, ô prodige,
Là où cordes, crampons, mousquetons et piolets
Pour arriver au but mettraient des jours entiers.
C’était un mâle fier, un de ces patriarches
Dont la harde craintive envie les longues arches
Que l'aigle voit parfois, sous son vol solitaire,
Vaincre, sans nul effort, une montagne austère.
Sa musculosité attestait d’un athlète ;
Il était rayonnant  comme l’est un prophète.
En paraissant voler, de son geste univoque, 
Au dessus de l’Abîme en grimpant sur le roc,
Son soudain primesaut nous donna la leçon
De ce, qu’à l’origine, était l’acte en son Don.


Ce jour-là, au milieu d'ivrognes alpinistes,
De marcheurs débauchés et de grossiers touristes,
En contemplant, ému, la bête à tête d’ange,
 Je vis Dieu nous juger d’une manière étrange.



Refuge Vitale Giacoletti, Mont Viso.
 


Comme l'arbre
Sent sa sève
Monter au firmament,
Le vieux marbre
Voit ses rêves
Planer éperdument;
Lors le singe
Aux méninges
Si proches du Divin,
Perçoit l'homme
Un peu comme
Son ancêtre...lointain.

Rocher d'Hannibal, Col Agnel.


GEAI MÂLE

Près du jet
D'eau
De l'humble source,
Vois le geai
Oh !
Qui prend sa course

Et puis vole
Vers
L'Immensité,
Loin du sol
Vert
De la forêt;

Plumes au
Vent,
Versicolores,
Planant haut
Quand,
Dans le Ciel d'or,

Soudain se
Fond,
Sombre louange,
L'oiseau que
L'on
Sait être un ange.

Croix de Curlet, Saint-Véran.


VISION CRÉPUSCULAIRE


L'ombre d'un grand rapace
Se découpe en la toile
De la Nuit bleue qu'enlacent
Mille baisers d'étoiles.
Un quart de lune tombe
Sur la verte montagne
En blanchissant la combe
D'un rayon qui regagne
L'artiste sans paraphe,
Sous sa tente assoupi,
Que seule Harmonie coiffe
Des lauriers d'Infini.




LE MOUSEÎON DES CIMES



- "Où suis-je, ô Muse aimée ?"

                                        - "Au bord du lac ultime
,
Le dernier, juste avant, qu'au devant de l'Abîme,
Le pic, altier, se dresse, comme un roi sans rival
Toisant bien d'autres monts de haut,
chacun vassal
De cette seigneurie qu'assoit l'Immensité,
Une plume à la main médite un inspiré
"...
Répondit la Camène aux lèvres purpurines.

Quelque Oubli survolait les Ondes Cristallines.




S(auvez) M(oi) S(eigneur)


Message du Piémont : Avec mes quarante ans,
J'ai le front d'un vieillard et les yeux d'un mourant
Et autant de remords qu'un enfant a de cris
Et bien plus de regrets qu'un diamant n'a de prix.




WELTANSCHAUUNG


Une ample armée
D'âpres nuées
Galope
Ma vie ne fut
Qu'une absolue
syncope

Dans le Queyras
Le ciel est bas
Et lisse
Les grands chevaux
Des Vives Eaux
Hennissent

La Parousie
Vêtue de gris
Parade
Le firmament
Tonne et le vent
Maussade

Fait se cabrer
D'un coup de fouet
L'Eau Sombre
L'Espace Vide
Lâche la Bride
A l'Ombre

Que le Déluge
S'en vienne et juge
L'humain
Siècle de fer
Noiera d'enfer
Demain

Brouillards et brumes
Sur les Monts fument
Puis grondent
Meut la vapeur
L'Ordre Moteur
Des Mondes

Frappe la foudre
Depuis des poudres
D’Éther
L’Élément tacle
Les vains obstacles
Des Mers

Déjà zigzaguent
Partout de vagues
Éclairs
L'Ambiant regroupe
Ses rondes croupes
A terre

Loin du vermeil
Crin des Soleils
Épars
Aux robes claires
Luit la matière
Noire

La cavalcade
De dix Décades
S'ébroue
L'Ire Divine
Bientôt piétine
Nos cous

Et dans la fange
Jette d'étranges
Cris rauques
Dieu administre
Quelque sinistre
Époque

Frappez sabots
Nos cogito
Serviles
Lumière et Eau
Couvrez de flots
Nos villes


Ô CRUX AVE, SPES UNICA


Après le grand champ d'orge, un autre grand champ d'orge;
Tel un fer travaillé sur l'enclume des forges,
Mon front, qu'avait cinglé les épines vermeilles
De la grêle et des vents, des pluies et du soleil,
Délicieusement rêvait sous les nuages.
Un ondoiement exquis caressait mon visage,
Vagues d'or que brassait une mer d'épis blonds,
Sous la brise du soir qui descendait des monts.
J'appris que le bonheur méprise toute forme;
Très haut, dans le ciel doux, les montagnes énormes
Faisaient trôner leurs pics comme autant de créneaux
Que dresserait sur Terre un immense château
Et je songeai au roi régnant dans la Lumière
Qui du bel édifice a bâti chaque pierre;
J’étais du grand Queyras le fidèle sujet
Amoureux de sa reine, austère Immensité !
Et j'embrassai la main de cette seigneurie
En baisant dans mes doigts un brin d'herbes fleuris
Ramassé dans un coin auguste du vallon;
La luzerne, mêlée au sainfoin, sentait bon
Et faisait miroiter, dedans ma main pataude,
Des éclats de rubis qui, sertis d'émeraudes,
Étincelaient soudain à mes yeux ébahis
Prisant des bijoux vus l'inestimable prix :
bagues et bracelet, parure éblouissante,
Que le Sublime, orfèvre, affine disait Kant !

Sa majesté Nature, indescriptible charme,
Étalait ses habits de mélèzes, de charmes
Jusque dans la vallée qui descendait plus bas
Ramasser cette traîne à même ses grands bras.
C'était comme une cour attendrie à sa noble
Sainteté que chaussaient, là-bas, quelques vignobles
Ainsi que des souliers vernis, de couleur cendre.
Perchés parmi les bois de la robe vert tendre,
Les oiseaux de l'été pépiaient des airs grandioses
Tantôt versifiés, tantôt servis de prose.
Les couronnes nacrées des massifs aux teints blêmes
Offraient au fief un si grand nombre de diadèmes
Que ma Dame au sang pur ne savait plus vraiment
Quelle coiffe éleva l'honneur dû à son rang !

A Diane dévoué, féal de l'Ordre Aulique,
Je contemplai d'un lac l'onde mélancolique;
Les cascades chutant créaient des sons de harpes
Lorsque dans l'air serein, en sa réale écharpe,
Un modeste arc-en ciel, nimbant de pâles saules, 
De sa Solennité vint iriser le col.

L'homme se releva pour dépasser le singe;
Moi, ce n'est qu'allongé qu'évoluent mes méninges.
Sur mon corps étendu, une Croix projetait
Son ombre grêle; en tas, sauterelles, criquets
Dans l'air chargé d'Amour faisaient des bonds superbes
Où je posai ma tête heureuse dessus l'herbe.
Et puis ce fut la nuit et ses milliards d'étoiles;
La rosée envahit très vite mes traits pâles.
Des Alpes le royaume, épaisse citadelle,
Éclairait sa muraille exposée aux chandelles
Qui, au plus haut des cieux, scintillaient fièrement;

Sous le drap gigantesque et noir du firmament,
En versant une larme offerte à ma joue creuse,
Je soufflai sur mon cœur quelque pensée rêveuse
Volant vers l'Infini, remarquable monarque.
La lune, sous la voûte inouïe, bandait son arc
Quand, chavirant d'extase, immensément ému,
J'adressai mes mercis à Rimbaud et Jésus.


STURM UND DRANG


"Je ne vouvoie que les immensités", &.


Tu entends
Le torrent
Qui là gronde
Et dont l'onde,
Furibonde,
Vagabonde
Parmi les
Sapins des
Marnes grises
Dont l'emprise
Rend hagarde
L'âme barde !

Tes yeux suivent
L'âpre rive
Qui écume
Et qui fume,
De la cime,
Dans l'Abîme,
Ô vacarme !

Une larme,
Perle d'or,
Enfle au bord
De ton œil :
Un chevreuil
Fait face à
Un chamois.

Vers le lisse
Précipice
Le flot glisse
Et dévisse
Dans un grand
Bouillon blanc.

En surplomb
Du vide, on
Voit, esthète,
Ta silhouette
Que le Doute
Tort et voûte;

Cri un merle
Quand déferle,
Dans le Gouffre
jaune soufre,
Les rafales,
Qui dévalent,
D'un vent où
Soufflent, fous,
les vertiges
Du Prodige.

Toi, l'ermite,
Tu médites
L'opiniâtre
Chiffre Quatre
Qui vient battre
Ce Barathre :
Dimension
Des Pressions.

Au loin prise,
Sur la brise,
L'horizon
Un faucon;

La cascade,
Dont s'évade
L'ample impact,
Cataracte
En des brumes
Qui s'allument
Aux rayons
D'Apollon.

Ton plongeoir
Est la Gloire
De ton noir
Désespoir ;
C’est ce roc
Où se moque
De toi-même
Ce dilemme :
Soi ou l’Autre,
Quel apôtre
Sut chanter
L’Art d’aimer ?

Ombre, plonge
Dans les Songes
Que, fidèles,
Les deux ailes
Foi et Âme
Te réclament !

Où pullulent
Nos cellules,
Le calcul
Dérégule
L’État en
Le tourment.

Cœur rebelle,
Tu chancelles
Et, étrange
Saut de l’ange,
Tu te noies
Où tournoient
Les puissants
Jets d’argent !

Rien n’entrave
Le choix grave
D’opter pour
L’Autre Amour :

Belle est l’Aube
Que la robe
Des Eaux Sombres
Tisse en nombre
A la Vie
Infinie
Dont reluisent,
Ronde exquise,
Les spirales
D’étoiles !


JÉSUS DE SAINT-VÉRAN


Il existe dans une chapelle de Saint-Véran un tableau où l’on voit l’enfant jésus détourner son regard de sa mère, à tel point que son visage effectue une volte-face de 180 degrés.



« Dieu est et cela suffit », épitaphe de la tombe de Louis Boisseranc, prêtre de Ceillac.
 

Le Christ de Saint-Véran,
Au cou de sa maman
Pendu comme un fruit mûr,
Sur une toile au mur
Détourne ses yeux mâles
De Marie aux joues pâles.

Cent quatre-vingt degrés
D’une pirouette osée
Qu’une divine tête
Effectue pour que cette
Exception d’ici-bas
Promulgue la vraie Loi.

Le regard dans le dos
Scrute, comme il le faut,
Dans la vaste pénombre
Tout ce que fuit le nombre
En proie aux passions nées
De la maternité.

J’avais cru au labeur
D’un rapin, d’un bâcleur
Sans talent, sans mérite,
Mais, me reprenant vite,
Je criai au génie
D’un artiste maudit.

Le visage D’Amour,
D’un parfait demi-tour,
Ignore de sa mère
La possession primaire,
Et va, devers le Vide,
Quêter le parricide.

Il n’y Est qu’un seul Père
Et qu’une seule Mère
Dans la Création
Laquelle, en ses fonctions,
Nous somme d’être frères
Et sœurs de la Lumière !

Un parfait angle plat,
Un écart, et voila
Tout un nouveau concept
Édicté du percept
S’en venant éclairer
L’humaine cécité.

Par cette gymnastique
Qu’implique la Mystique,
Jésus au divin front
A peine né, fait don,
Sans nulle complaisance,
Déjà de sa souffrance !

Loin de tout ce qui brille,
De tout ce qui oscille,
Nous dit la Vision pieuse,
Gît la faramineuse
Immuabilité
Vivant L’Éternité !


ET PUIS CE FUT SOUDAIN….


Noircissant d’écrits les pages d’un spicilège,
J’étais face au Viso, roi couronné de neige
Dépassant de son front les plus hautes des cimes.
Tels des fantômes blancs errant parmi l’abîme, 
Les parages étaient hantés par les frimas
Car, malgré le mois d’août, sévissait un grand froid ;
Les vents violents charriaient ces eaux venues des pôles
Fondus par les ardeurs d’astres devenus fols...
D'un lac étincelaient les ondes translucides.
Au dessus du torrent qui grondait dans le vide,
Les rafales soufflaient dans les nuées en fuite;
Partout resplendissaient schistes et éclogites.
Parmi l’immensité divine, seul, pensif,
Je contemplais, ému, des Alpes les massifs.
L’aquilon finit par refréner ses bourrasques ;
Un oiseau, se baignant dans le creux d’une vasque,
But la glace fondue et fit battre ses ailes
Comme le crépuscule éperonnait le ciel.
Un océan de brume envahissait les plaines
Où flottait une croix sur une cime hautaine.
Caspar David Friedrich survolait de son âme
Le gouffre où se couchait le globe au mille flammes,
Et puis ce fut soudain un déluge de pleurs
Qui coula sur mes joues inondées de bonheur.
 
Vign_Esperluette_1
BIVOUAC AU BAOU ROUGE
Vign_Baou-Rouge-2
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