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LEÇON DE TÉNÈBRES

Ce texte a été rédigé par Jean-Claude Pantel dans le but d'être lu durant les enterrements :

« Il est bien souvent fort sage d'offrir aux humains un peu de répit, des heures claires de frauduleux espoir, de sorte que, quand la nuit vient, Ils puissent avoir une plus parfaite et pure vision de la vérité de leur condition désespérée. »

Cette phrase tirée du film historique "Khartoum" est lourde de sens. En tout cas, elle a - ici - pour mérite de nous faire songer que la disparition d'un proche, en marge de la peine qu'elle occasionne, remplit les conditions idéales pour entrouvrir la porte à de nombreuses questions.

Ainsi, en ce jour qui nous réunit sur ces lieux, se propose, parmi elles, celle du Docteur Alexis Carrel, qui dans son ouvrage -"Réflexions sur la conduite de la vie -" interroge :

« Chaque individu croit être le centre du monde. Rien ne nous paraît plus important que notre propre existence.
Nous avons le sentiment que notre vie a une signification profonde.
Ce sentiment n'est-il qu'une illusion, un artifice de la Nature pour nous obliger d'obéir à la loi de la conservation de la vie ? »


N'en doutons pas,  il  nous faudra méditer encore longtemps sur cette interrogation, voire même attendre de nous trouver dans "l'autre monde" pour qu'il nous soit accordé ta possibilité d'y répondre de façon péremptoire.

Néanmoins, nous  pouvons dès maintenant procéder à une  "auto-­observation", sans nous dissocier de ce qui nous entoure.
Cette "auto-observation", effectuée comme il se doit, sais à dire sans complaisance à l'égard de soi, nous remettra à notre place de simple sujet de "la Création". De ce fait, nous sera offerte l'opportunité d'être moins tentés par une valorisation outrancière de nos actes.

À ce titre, c'est à présent Victor Hugo qu'il nous faut prendre comme référence, en relisant son poème "Les Grandes Loi" : 

« Écoute : - nous vivrons, nous saignerons, nous sommes
Faits pour souffrir, parmi les femmes et les hommes,
Et nous apercevrons devant nos yeux, vois-tu,
Comme des monts, travail, honneur, devoir, vertu,
Et nous gravirons l'une après l'autre ces cimes ;
Quand nous serons en bas, loin des sommets sublimes,
Nous dresserons nos fronts ; mais en haut nos genoux
Ploieront ; les passions viendront rugir en nous,
Et nous leur servirons d'antres et de repaires ;
Nous pleurerons nos fils, nous pleurerons nos pères ;
Nous verrons le cercueil germer dans le berceau ;
Dans nos soifs, nous boirons à Dieu comme au ruisseau;
Nous deviendrons, après nos deuils et nos attentes,
Des âmes sur le bord du tombeau palpitantes,
Car, pour l'homme ici-bas marqué d'un divin sceau,
Vivre, pleurer, souffrir, c'est devenir oiseau,
Et toutes les douleurs sont les plumes de l'aile,
Nous suivrons la puissance, au néant parallèle,
Ou, plus sages, l'amour qui fuit au fond des bois,
Nous aurons nos espoirs, nos terreurs, nos abois ;
Nous nous emplirons d'ombre ou d'azur la prunelle...
Et nous nous en irons vers l'étoile éternelle ! »


Rejoindre cette étoile éternelle demeure vraisemblablement "la finalité de nos existences". La rejoignons-nous tous pour autant ?
C'est peut-être là une autre question à laquelle nous voilà offerts en cette circonstance, une autre question sur laquelle nous aurons tout le loisir de méditer en nous penchant, de temps à autre, sur le bilan qu'il convient d'établir quant à "la qualité" de ce que nous entreprenons, et avons entrepris.

Victor Hugo vient de nous rappeler la difficulté du parcours, et l'expérience de notre vécu nous fait dire qu'il n'est point d'artifice nous permettant d'y échapper.
Pour qui en douterait encore, et qui, en proie à quelque folle vanité projetterait de passer outre ce que sont tes limites de notre pauvre dimension, citons pour terminer Pierre Teilhard de Chardin qui conclut - au terme de son œuvre majeure - « Le phénomène humain » :

« Rien ne ressemble autant que l'épopée humaine à un Chemin de la Croix... »

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